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Michel Dorais Auteur avec Eric Verdier du Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes*
septembre 2005

Ligne Azur : Pourquoi avoir fait ce livre ?

Michel Dorais : Éric Verdier et moi avions tous deux écrit un ouvrage sur le suicide chez les jeunes gays (Mort ou fif, chez VLB éditeur et Homosexualités et suicide, chez H&O). Depuis, de nombreuses demandes nous avaient été adressées pour savoir comment prévenir ces suicides et, de façon plus générale, comment aider les jeunes gays et lesbiennes à sortir de la honte de soi, de l’homophobie intériorisée, de la discrimination ou de l’ostracisme qu’ils rencontrent. Petit manuel de gayrilla est une réponse à ces demandes, car nous avons voulu y réunir les conseils et les trucs d’intervention que nos expériences personnelles et professionnelles nous avaient appris. Bref, comme le dit la quatrième de couverture, c’est vraiment un « guide d’épanouissement » - et parfois de survie - pour les jeunes de la diversité sexuelle. Et aussi un apport utile pour ceux et celles (parents, éducateurs...) qui se soucient de leur sort.

Ligne Azur : Comment les conseils et les trucs évoqués dans votre livre peuvent-ils permettre à un(e) jeune homosexuel(le) de passer au travers des problèmes liés à l’homophobie ?

M. D. : Contrer ou combattre l’homophobie n’est jamais simple. Deux perspectives traversent notre ouvrage. D’abord nous encourageons beaucoup les jeunes à adhérer à des groupes de parole, de soutien, de socialisation ou de militance - et à en créer au besoin car en beaucoup d’endroits ils sont inexistants - avec le soutien d’alliés des milieux militants, scolaires ou syndicaux par exemple. Trop souvent l’isolement est en effet ce qui rend les jeunes LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans) vulnérables sur le plan humain (dépression, mauvaise estime ou honte de soi) et sur le plan social (harcèlement, discrimination et ostracisme homophobes). Ensuite, nous incitons non seulement ces jeunes à développer leur sens critique devant les faussetés que l’on entend sur l’homosexualité mais aussi à développer leur sens de la stratégie afin d’affronter les ennemis de la diversité sexuelle à armes égales, autant que faire se peut...

Ligne Azur : La situation des jeunes homosexuel(le)s au Québec s’est-elle améliorée au cours des dernières années ?

M. D. : Oui et non. Oui sur le plan légal car le Québec fut parmi les pionniers en matière d’union civile puis de mariage entre conjoints de même sexe, d’adoption par des personnes homosexuelles seules ou en couple, de non-discrimination en matière de garde d’enfants, d’accès aux mêmes droits et privilèges pour les conjoints de même sexe, quel que soit leur statut légal, et cela dans toutes les lois. De plus, les principales régions du Québec comptent des groupes de sensibilisation animés par et pour des jeunes, qui font annuellement des tournées dans les écoles (de plus en plus nombreuses) qui les accueillent. Cela aide beaucoup tous les jeunes ainsi atteints à démystifier l’homosexualité et le lesbianisme. Enfin, le ministère de la Santé et des services sociaux proposent depuis des années déjà, pour tous les intervenants jeunesse, une formation de un à trois jours pour « Une nouvelle vision de l’homosexualité », formation des plus populaires il faut bien le dire puisqu’elle a été suivie jusqu’à présent par près de quinze mille personnes !

D’un autre côté, les mentalités ne changent pas toujours aussi rapidement que les lois... Aussi, l’homophobie fait toujours des ravages, en particulier chez les jeunes, beaucoup d’ados étant, contrairement à ce que l’on croit, très conformistes. En plus, la plupart des parents ne sont guère préparés à faire face aux réalités de la diversité sexuelle, d’où crises et parfois rejets. Dans les familles ou les écoles où sévit l’intégrisme religieux, où l’homophobie n’est pas combattue, où l’intolérance et ses violences sont banalisées, le sort des jeunes LBGT n’a guère évolué, hélas ! Certes, du travail de sensibilisation a été accompli, mais il reste encore beaucoup à faire. Et c’est ce à quoi nous avons tenu à contribuer par notre petit ouvrage paru simultanément en France et au Québec (sous le titre Sains et saufs).

Ligne Azur : Constatez-vous des différences entre le Québec et la France ?

M. D. : En raison de ce que j’ai dit précédemment, j’estime qu’il existe peu de différences entre la condition des jeunes LGBT de France et du Québec. Leur état de mineurs et de dépendance face à des autorités pas toujours ouvertes ou compréhensives fait en sorte que les jeunes ne profitent pas forcément des avancées de leurs aînés. Mais, à mesure qu’ils atteignent l’âge adulte, la situation des jeunes s’améliore probablement plus aisément et rapidement au Québec, en raison des lois et des protections presque nulle part ailleurs égalées, du moins au moment où nous nous parlons, Mais là encore, il convient d’être prudent : la montée des intégrismes religieux et de leurs intolérances partout dans le monde incite à garder l’œil ouvert. Sur ce plan-là, la situation est aussi inquiétante partout.

Ligne Azur : Quel sera le sujet de votre prochain livre ?

M. D. : Comme j’ai toujours plusieurs projets en évolution, je ne sais jamais lequel sera prêt avant les autres. Ce sera donc aussi une surprise pour moi ! Cela dit, la plupart de mes projets actuels concernent, comme à mon habitude, les jeunes qui sont marginalisés ou exploités. Je travaille notamment sur le sort des jeunes, garçons et filles, forcés de se prostituer.

Michel Dorais est professeur à la faculté des sciences sociales de l’Université Laval (Québec).

* Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes, Michel Dorais et Eric Verdier, H&0 éditions, 176 p. 11 €

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Coordinateur de Ligne Azur