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5 questions à
Ligne azur c'est quoi?Les écoutants, c'est qui?Mémo pour nous appelerUne question?
Frank Tanguy Porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens
24 octobre 2005

L’APGL organise la IIIe Conférence internationale sur l’homoparentalité(1) les 25 et 26 octobre à Paris.

Ligne Azur : A l’APGL, comment définit-on la famille homoparentale ?

Franck Tanguy (F.T.) : En fait, il n’existe pas une mais cinq manières de fonder une famille homoparentale.

La première, ce sont les parents divorcés, les personnes qui ont été mariées avec une personne du sexe opposé, qui vivent maintenant une vie différente, et qui au cours de ce premier mariage ont eu des enfants.

La deuxième, ce sont les couples de lesbiennes qui ont des enfants par insémination artificielle avec un donneur (IAD) inconnu. C’est une pratique interdite en France mais qui existe en Belgique, aux Pays-Bas ou en Espagne. Entre nous, on les appelle les bébés Thalys.

Troisième famille, la coparentalité. Un couple d’hommes et un couple de femmes décident d’avoir un enfant ensemble. Ils se partageront la garde de cet enfant comme peuvent le faire les couples ayant divorcé.

La quatrième manière, c’est l’adoption. C’est souvent la première manière à laquelle on pense. Mais elle est en fait extrêmement minoritaire car en France l’adoption n’est pas autorisée pour les couples de même sexe. Elle n’est pas interdite mais si un homo se présente comme tel et veut obtenir l’agrément, il est toujours blackboulé. Un homosexuel doit toujours se présenter comme célibataire et si possible comme hétéro. C’est pour ça que très peu d’homos désirent avoir des enfants par le biais de l’adoption.

Enfin, la cinquième manière de former une famille homoparentale, ce sont les mères porteuses qu’on appelle aussi la maternité pour autrui. Cette pratique est interdite en France mais possible aux Etats-Unis.

Ligne Azur : A-t-on une idée du nombre d’enfants concernés par l’homoparentalité ?

F.T. : Il n’existe pas de recensement officiel en France, seulement une estimation assez précise. On évalue à un minimum de 200 000 le nombre d’enfants élevés dans un minimum de 100 000 familles. C’est un chiffre assez important qui devrait être pris en compte par les autorités.

Ligne Azur : L’APGL mène le combat autour de l’homoparentalité depuis bientôt vingt ans. Quels sont les points déjà acquis ?

F.T. : Aucun point n’est acquis sur le plan légal puisque les familles homoparentales n’existent toujours pas. De même le couple gay n’existe pas en tant que tel. On peut seulement parler d’une petite avancée avec le PaCS. Mais le PaCS n’a eu aucune conséquence sur la filiation, sur la reconnaissance du droit à la paternité. En réalité, depuis des années, les couples de même sexe ont des enfants sans que la loi ne fasse rien ni pour les inciter ni pour les aider ni surtout pour protéger ces enfants - des enfants pourtant nés comme les autres - mais qui sont beaucoup moins protégés que les autres enfants.

Ligne Azur : Quelle est la priorité du combat de l’APGL ?

F.T. : C’est la reconnaissance du parent social. Prenons un exemple avec deux lesbiennes. Dans 99 % des cas, un projet d’enfant est un projet de couple. Deux femmes sont à l’origine d’une naissance mais seule celle qui l’a porté pourra le reconnaître légalement. C’est un vrai souci au niveau du parent social qui n’étant pas reconnu génère un danger potentiel pour l’enfant. Au quotidien, l’enfant est élevé par deux parents mais si demain le parent légal passe sous un autobus, s’il a un accident de la vie, l’enfant se retrouvera orphelin alors qu’en réalité il est élevé par deux parents impliqués souvent de manière parfaitement égalitaire. En cas de problème, l’enfant n’est pas autant protégé que les autres.

Ligne Azur : Y a-t-il un pays où ce point-là est clairement acquis ?

F.T. : L’Espagne bien sûr. Le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe ont été légalisés simultanément. L’adoption dans un sens assez large puisqu’il ne s’agit pas seulement du droit à adopter des enfants ayant été abandonnés par leurs parents biologiques mais aussi de la capacité d’adopter pour les parents sociaux.

Ligne Azur : L’APGL entretient-elle des liens avec d’autres associations à travers le monde pour faire avancer cette question de l’homoparentalité ?

F.T. : Oui, nous travaillons avec l’ILGA (International Lesbian and Gay Association). Cette fédération internationale d’associations gays agit, notamment au niveau européen, pour défendre les droits des homosexuel(le)s. L’ILGA a développé à l’initiative de l’APGL une expertise et une recherche sur l’homoparentalité. Aujourd’hui, l’ILGA commence à réfléchir et à faire pression pour que l’homoparentalité soit reconnue au niveau du Parlement européen, pour que, à un moment ou à un autre, ces droits finissent par s’imposer aux gouvernement locaux.

Ligne Azur : Le mariage de deux homosexuels célébré par Noël Mamère à Bègles le 5 juin 2004 a t-il été un événement favorable à l’avancée de la cause de l’homoparentalité ?

F.T. : Nous considérons en effet qu’il s’agit d’un événement très favorable car cela a permis de faire parler du couple de même sexe, cela a rendu cette hypothèse crédible. Personnellement, que cela ait commencé aux Etats-Unis ne me l’avait pas rendu extrêmement crédible. D’une certaine manière, je voyais cela comme une fantaisie américaine. Le fait que ce se soit produit en France - même si ça n’a toujours pas été légalisé, que pour l’instant le couple se bat par rapport aux différentes instances juridiques françaises - il n’empêche que cela a rendu le fait possible. D’un seul coup ça a pris corps. A mon sens le mariage de Bègles a donné de l’espoir aux couples de même sexe, ça leur a permis de croire que ça pourrait leur arriver, qu’ils pourraient demain être à égalité avec les couples que forment par exemple mon frère et sa femme...

Ligne Azur : Dernièrement, la très médiatique pédiatre Edwige Antier (2) a déclaré : « Il est temps que le PaCS soit prolongé d’un statut permettant aux homosexuels d’être « parrains » d’un enfant, pour que ceux-ci ne vivent plus dans l’omerta. ». Que pensez-vous de cette idée de « parrain » ?

F.T. : C’est un pis-aller ! En fait, on a affaire à un processus politique qui est un processus d’apprentissage. Il y a dix ans, la gauche n’était ni éclairée ni sensibilisée ni intéressée par l’homoparentalité. Depuis plusieurs années on a travaillé avec la gauche, qui a été volontaire, on ne l’a pas forcée ! pour qu’elle s’intéresse à ces questions-là. Maintenant, à gauche, aussi bien les Verts qui sont extrêmement favorables à l’homoparentalité que le Parti communiste, qu’un certain nombre de leaders du Parti socialiste, il y a une ouverture d’esprit. Il y a même un soutien. La droite, elle, est très en retard. Edwige Antier ne dit rien d’autre qu’une bêtise, une énormité, quelque chose qui reflète sa méconnaissance du dossier qui vise à enfermer les homos dans un rôle. En fin de compte, elle dit : « Les homosexuels ne sont pas dignes d’être parents, ils sont seulement dignes d’être parrains ». C’est pas comme ça que ça marche. La droite est dans un processus d’apprentissage comme la gauche l’a été il y a quelques années. Tout arrivera en son temps. On voit bien qu’à droite, il y a de plus en plus de monde sensibilisé comme Gay Lib’, à l’UMP, qui travaille sur ces questions, qui sensibilise un certain nombre de députés. Aujourd’hui, de plus en plus de députés regardent ces questions avec pas mal d’intérêt. Ils comprennent qu’il y a une inégalité faite à la fois aux couples de même sexe et à leurs enfants.

Ligne Azur : Sur Ligne Azur, on entend assez souvent des jeunes garçons et des jeunes filles dire : « Je ne veux pas être homosexuel car je ne pourrai pas avoir d’enfants. » Quel message l’APGL peut-elle leur adresser ?

F.T. : Il faut leur dire qu’être gay, être lesbienne, ça ne veut pas dire être stérile. La preuve, c’est que beaucoup autour d’eux partagent ce désir d’enfant, certains en ont même déjà. A l’APGL, tous les 3e jeudi de chaque mois, on organise une session d’accueil au Centre gay et lesbien (3) pour recevoir toute personne qui souhaiterait rejoindre l’association. De plus en plus, on voit venir des jeunes gays et lesbiennes âgés de 20 à 25 ans, qui sont en couple depuis quelque temps ou qui ne sont pas encore en couple, mais qui se disent : « Moi, ce désir d’enfant, je l’ai aussi et je veux savoir comment je peux faire ». Tout en sachant que quand on est gay ou lesbienne, on se pose beaucoup de questions sur la légitimité de son désir : est-ce que je vais savoir élever des enfants ? Est-ce que je vais pouvoir élever des enfants ? Quel va être le regard de la société autour de ça ? Ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a beaucoup d’études - plus de 200 de par le monde - qui ont prouvé à chaque fois la même chose : les enfants qui sont élevés au sein d’un couple de même sexe vivent et se comportent exactement comme les autres. On ne dit pas qu’ils vont mieux que les autres mais en tout cas ils ne vont pas plus mal que les autres. Je trouve que c’est un vrai élément de réassurance pour ceux qui ont ce désir d’enfant, jeunes ou plus âgés.


Entretien réalisé par Alain Miguet pour Ligne Azur

(1) Programme de la Conférence sur http://www.conference-apgl.org (2) Edwige Antier, pédiatre, conseillère UMP de Paris co-anime l’émission Enfance le mercredi sur France Inter (3) CGL 3, rue Keller 75011 Paris
Autres portraits



Louis-Georges Tin
Jean-Marie Périer
auteur de "Casse-toi !"
Anne-Marie Guimbretière,
rédactrice en chef d’Essentiel Santé Magazine


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porte-parole de l’Inter-LGBT, pour les 10 ans du Pacte civil de solidarité (Pacs)*

René-Paul Leraton,
fondateur de Ligne Azur
Louis-Georges Tin,
fondateur et président de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie.
Jean-Paul Cluzel
, P.-D.G. de Radio France
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Revendiquer pour mieux vivre
La Marche des Fiertés parisienne a réuni lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels
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