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Christophe Botti Auteur d’"Un cœur sauvage"*, pièce sur la découverte de l’homosexualité par Mathan, un jeune garçon de 17 ans...
2 novembre 2005

Ligne Azur : Quel est votre parcours ?

Christophe Botti (C. B.) : Il faut d’abord dire que Christophe Botti est indissociablement lié à Stéphane Botti puisque nous sommes jumeaux et qu’on travaille ensemble. Mon parcours, c’est le théâtre depuis une dizaine d’années, une maîtrise de théâtre puis la création de la Compagnie des Hommes Papillons avec mon frère. Depuis on a monté une douzaine de mes textes et j’écris parallèlement pour le cinéma et la télévision.

Ligne Azur : Comment est né Un cœur sauvage ?

C. B. : J’ai monté il y a deux ans Un cœur de père, une pièce sur l’homoparentalité qui mettait en scène un couple de trentenaires dont Mathan était l’un des deux personnages. Alors que je jouais cette pièce, j’ai eu l’idée d’écrire un autre spectacle où Mathan raconterait sa jeunesse. Il y a un an, Edouard Collin, un jeune comédien que je ne connaissais pas, m’a envoyé un mail pour me dire qu’il avait été touché par la façon dont je décrivais les personnages dans Un cœur de père et qu’il aimerait monter la pièce. J’ai donc rencontré Edouard et je lui ai dit que s’il avait envie de jouer Mathan c’était possible mais que ce ne serait pas Mathan d’Un cœur de père mais Mathan d’Un cœur sauvage. Ce serait ses 17 / 18 ans, la découverte de son homosexualité et de son premier amour. Je me suis lancé dans l’écriture d’une pièce à trois personnages. Je trouvais intéressant d’avoir François, très ambigu, qui a beaucoup de mal à dire qu’il aime les hommes. Je trouvais intéressant qu’il y ait aussi une fille pour pouvoir la confronter à cette homosexualité susceptible d’amener des petites percées homophobes, des petites choses dures à entendre. Je voulais montrer ce que c’est qu’être ado et de devoir à un moment se confronter aux autres.

Ligne Azur : Pour Edouard Collin, il n’y a pas eu de problème de casting. Mais pour les deux autres, Violaine Brebion et Julien Alluguette, comment cela s’est-il passé ?

C. B. : Je ne les connaissais pas du tout. J’ai fait un casting en passant des annonces dans toutes les écoles de théâtre, sur des sites Internet... On a reçu 250 ou 300 candidatures. J’ai fait une première sélection sur CV et on a auditionné une bonne trentaine de filles et de garçons. Nous avons retenu Julien et Violaine car ils amenaient à la fois la sensibilité dont on avait envie et en même temps la fraîcheur.

En fait, je n’ai eu de problème qu’avec certains comédiens que j’avais moi-même contactés. Ils ne voulaient pas jouer dans la pièce parce que ça parlait d’homosexualité. Ils avaient peur à 18 / 19 ans de jouer des rôles comme ça. Mais globalement les gens étaient partants, ils avaient envie de défendre des choses fortes.

Ligne Azur : C’est une pièce franchement militante...

C. B. : De mon point de vue d’auteur, c’est politique et militant. Avec les comédiens, on en a beaucoup discuté. Je ne sais pas s’ils sont homos ou pas, je ne leur ai pas demandé au moment des essais, ce n’est pas du tout mon problème. Ce qui comptait pour moi, c’était qu’ils comprennent bien ce qu’on allait défendre, ce qu’il faudrait dire au moment où on donnerait des interviewes. Ca ils l’avaient bien compris. Ils étaient d’accord avec mon point de vue. A partir de là c’était bon.

Ligne Azur : Un cœur sauvage parle des brimades, de l’homophobie, du suicide...

C. B. : Quand j’ai commencé à travailler sur cette pièce, je ne parlais pas du suicide mais du mal-être, de la difficulté à devenir adulte. C’est en préparant la pièce que ce thème est venu. J’ai lu un article qui parlait du suicide des jeunes homos puis des livres qu’Hervé Latapie, qui nous accueille au Tango, m’avait achetés. A partir de là, ça a été très vite. Je me suis mis à écrire presque instinctivement parce que ces choses-là je les avais en moi, parce que j’avais parlé à beaucoup de gens, je savais ce que j’avais envie de dire. L’écriture en elle-même a été rapide. Après, pendant les répétitions, j’ai modifié ou réécrit d’autres scènes.

Ligne Azur : Les médias généralistes ont-ils parlé de la pièce ?

C. B. : Pour l’instant, on a eu surtout les médias gays. J’en suis déjà bien content car il y a deux ans, pour Un cœur de père consacré à l’homoparentalité, les médias gays ne sont pas beaucoup venus. Je me souviens avoir démarché un sponsor, très gentil, mais qui m’a dit : « Vous savez, une pièce qui parle d’homosexualité... Nous on trouve des financements pour des sites de cul. ». Je suis resté assez pantois sur le manque d’engagement du milieu. Cette année, j’ai eu quelqu’un qui s’est directement engagé puisque avec Hervé et Le Tango, c’est un engagement total. Ils ont soutenu le projet dés le départ à cent pour cent. Maintenant pour les médias « tout public » ça va être plus difficile. J’espère qu’avec l’article que nous avons eu dernièrement dans Zurban, ça va enchaîner sur autre chose.

Ligne Azur : Vous voulez toucher le public le plus large...

C. B. : Je voudrais que les gens comprennent qu’Un cœur sauvage n’est pas une pièce que pour les gays. Il est évident qu’un gay viendra voir cette pièce, qu’il retrouvera des choses de sa vie, ça le touchera. Pour un jeune homo, je pense que c’est important qu’il voit ce spectacle. Mais pour moi, l’essentiel ce sont les autres, je veux les faire venir.

La semaine dernière, par exemple, on a eu une classe de lycéens. C’était fabuleux ! Il y avait tout un groupe de filles qui gloussaient, qui réagissaient sur le fait de découvrir que deux garçons pouvaient avoir une attirance. Elles réagissaient aussi sur leur propre sexualité de femme par rapport à ça. C’était passionnant. A l’issue de la représentation, on a discuté avec les jeunes : ils avaient parfaitement compris le propos de la pièce.

J’ai l’impression qu’il est plus facile de faire évoluer les mentalités chez les jeunes, d’éviter les problèmes d’homophobie à travers une œuvre de fiction. Parce que c’est matière à discussion. On ne leur dit pas comment il faut réfléchir, comment il faut agir. On leur montre la réalité des choses et on leur dit : « Voyez. Vous vous moquez de quelqu’un, vous lui faites du mal mais voilà la conséquence derrière : cette personne peut penser au suicide... ».

Ligne Azur : C’est un outil pédagogique formidable.

C. B. : Justement nous avons un projet magnifique avec un grand théâtre parisien. On nous propose de jouer l’année prochaine en matinée scolaire parce qu’ils ont des accords avec des lycées. Ce sera parfait. C’est très courageux de leur part car je pense qu’ils se heurteront à certaines difficultés au moment de la programmation. Certains profs ne voudront peut-être pas emmener leurs élèves voir la pièce.

C’est pourtant bien à l’école que ça se joue. C’est là qu’il faut intervenir pour faire évoluer les mentalités. Si on fait comprendre à un jeune de 14 / 15 ans ce que c’est que d’être homosexuel, que ce n’est pas grave, que c’est seulement la sexualité qui est différente, si une personne à 15 ans comprend qu’il n’y a pas à insulter les autres, en tant qu’adulte, il ne les insultera plus.

Pourquoi, dans les manuels scolaires, on ne dit toujours pas que Verlaine et Rimbaud étaient ensemble ? On dit que c’étaient des grands amis. Or je pense que ça aiderait une jeune de 14 / 15 ans, se découvrant homo, de se dire : « Rimbaud et Verlaine, ils étaient ensemble ! Mais c’est génial ! C’est des génies ces gens-là ! ».

Ligne Azur : Avez-vous vécu tout ce que vous racontez ?

C. B. : J’habitais en banlieue parisienne et ce n’était pas toujours facile d’être différent. Je faisais de la danse, j’étais bon élève et je ne jouais pas au foot comme le personnage de la pièce. Je me souviens de remarques, d’insultes, de « sale pédé » qui ne m’ont pas plus traumatisé que ça parce que j’étais assez bien équilibré. J’avais une famille où ça se passait bien, et des amis.

Aujourd’hui, je pense que ce n’est toujours pas facile de se découvrir homosexuel. Je pense malgré tout que c’est plus facile de le vivre après, une fois qu’on a passé le cap après l’avoir dit. On est dans une société qui a tout de même un peu évolué. Mais c’est le moment de la révélation, le moment de le dire qui est super douloureux parce que c’est le mystère, c’est la peur de la réaction des autres et parfois il y a des réactions désagréables.

Ligne Azur : L’homosexualité, lutter contre l’homophobie, c’est l’axe central de votre travail ou est-ce un moment dans votre vie d’auteur ?

C. B. : Ce n’est pas un moment dans ma vie, ce seront des moments dans ma vie. Lors de la rentrée d’Un cœur sauvage, j’avais une autre pièce qui se jouait : Frères du bled. C’est sur la guerre d’Algérie. Ca ne parle pas du tout d’homosexualité. J’en parle quand j’ai des choses à dire. Il y a deux ans, je voulais parler d’homoparentalité parce que ça me semblait très important d’en parler. Cette année, je parle du suicide des jeunes homos parce que c’est très important d’en parler. Pour l’instant, je n’ai rien de particulier à dire sur le sujet alors je n’écris rien. Ma prochaine pièce parlera de télé-réalité, on sera donc ailleurs. Mais j’ai un projet de téléfilm sur le sujet.


Entretien réalisé par Alain Miguet pour Ligne Azur

* Un cœur sauvage, avec Violaine Brebion, Edouard Collin et Julien Alluguette. Jusqu’au 30 novembre. Les mardis, mercredis et jeudis à 20 h 30 au Tango, 13, rue au Maire 75003 Paris. Réservation : 01 48 87 25 71. Prix des places : de 10 à 20 €.
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