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5 questions à
Ligne azur c'est quoi?Les écoutants, c'est qui?Mémo pour nous appelerUne question?
Hélène Secrétaire de la commission politique du Mag*
13 janvier 2006

Ligne Azur : Quand avez-vous pris conscience de votre homosexualité ?

Hélène : J’en ai pris conscience relativement tard même si ça peut paraître tôt pour beaucoup de personnes. C’était à la toute fin du lycée  l’été de mes 18 ans  que je me suis rendu compte que quelque chose « traînait » en moi depuis longtemps.

Ligne Azur : Parlait-on d’homosexualité dans votre lycée ?

Hélène : Je n’irai pas jusqu’à dire que nous parlions énormément d’homosexualité mais c’était un sujet évoqué. Je me souviens d’un cours de seconde où le professeur avait demandé aux élèves de préparer un sketch. Nous avons fait une scène entre deux lesbiennes. Du lycée, je garde donc le souvenir d’un lieu où l’homosexualité n’était pas un sujet tabou. Nous n’en parlions pas régulièrement, ce n’était pas quelque chose de très visible car je ne connaissais aucun couple homo dans ma classe ou autour de moi, mais nous en parlions. En tout cas parmi les jeunes et plus particulièrement avec les filles.

Ligne Azur : Est-il plus facile pour une fille de parler d’homosexualité que pour un garçon ?

Hélène : Dans le cadre de mon travail associatif au Mag, je rencontre beaucoup de jeunes homosexuel(le)s. Au vu de cette expérience, je constate souvent une différence entre les filles et les garçons. Bien sûr, pour les filles, c’est très aléatoire, ça dépend énormément de l’établissement dans lequel elles se trouvent. Mais je pense tout de même que c’est beaucoup plus difficile pour un jeune garçon adolescent. Souvent, sans tomber dans les clichés garçons / filles, les filles ont plus tendance à parler des sentiments qu’elles éprouvent. Même si c’était juste une soirée, même si c’était juste une fille comme ça ! Les garçons, eux, ont beaucoup plus de mal à avouer à leurs amis un sentiment intime. Mais, là encore, cette démarche dépend de l’établissement scolaire. Et aussi de l’entourage, de ses amis et du type de relations que l’on a avec eux.

Ligne Azur : Vous insistez sur les différences existant entre les établissements. Globalement, pensez-vous que l’école soit un terrain propice à l’homophobie ?

Hélène : Ah oui ! C’est d’ailleurs un sujet sur lequel le Mag travaille beaucoup. L’homophobie est extrêmement présente à l’école même si les différences entre établissements sont énormes. Parfois, elle est claire et visible : une pression existe pour que ce sujet ne soit jamais abordé. S’il est malgré tout évoqué, une homophobie pure et dure se déclenche avec une vraie peur de l’inconnu. Dans d’autres établissements, comme dans la société française d’aujourd’hui, la démarche est plus insidieuse. Les gens n’en diront pas forcément du mal mais des éléments d’ostracisme seront patents. Une pression s’exercera pour qu’une fille à l’adolescence sorte avec un garçon. Dans la cour de l’école, des élèves se traiteront de pédé. En cours de biologie, des professeurs parleront uniquement du couple hétérosexuel sans jamais aborder la question du couple homosexuel. Ces petites choses s’accumulent et rendent la vie très difficile pour les jeunes homosexuel(le)s. Cette forme d’homophobie est très difficile à combattre.

Ligne Azur : Est-ce que vous-même ou quelqu’un de votre entourage a été victime de discrimination ?

Hélène : Je n’en ai pas été victime personnellement. Au Mag, des jeunes viennent nous dire de temps en temps qu’ils se sont fait insulter ou agresser dans la cour de leur lycée. Mais ce n’est pas la forme d’homophobie la plus courante. En général, ce sont des douleurs et des difficultés beaucoup plus subtiles que la violence brute.

Ligne Azur : Les jeunes homosexuel(le)s peuvent-ils trouver un soutien chez certains professeurs ou est-ce tout à fait impossible ?

Hélène : Certains professeurs sont complètement homophobes, d’autres n’ayant aucune information sur le sujet rejètent toute idée de dialogue. A l’opposé, beaucoup de professeurs acceptent de questionner l’hétérosexisme et de discuter des différentes formes de familles ou de couples. D’un point de vue individuel, malheureusement, le système d’éducation en France n’incite pas vraiment les élèves à se tourner vers leurs professeurs pour du soutien moral. Une relation juste professionnelle s’installe. Du coup je connais assez peu d’élèves ayant trouvé du soutien auprès de leurs professeurs. J’en ai parfois entendu parler parce que des professeurs veulent vraiment être là pour leurs élèves mais cette démarche reste assez rare.

Ligne Azur : Qu’auriez-vous pensé si une Journée autour des différences sexuelles à l’école avait pu être organisée dans le lycée où vous vous trouviez ?

Hélène : Cette initiative aurait été une bonne chose même s’il est difficile de dire rétrospectivement si cela m’aurait fait réfléchir. En tout cas, une telle Journée serait forcément positive pour les jeunes homosexuel(le)s, et pour les jeunes hétérosexuel(le)s qui rencontreront l’homosexualité peut-être chez leurs frères et sœurs, chez leurs ami(e)s ou plus tard dans leur vie professionnelle. L’homosexualité doit être abordée ouvertement à l’école en montrant aux élèves que c’est un sujet à aborder sans sous-entendus, sans ricanements, juste comme on parlerait de plein d’autres choses.

Ligne Azur : Pour éviter de parler directement d’homosexualité à l’école, certains préfèrent parler d’homophobie ou de discrimination. Que pensez-vous de ce biais-là ?

Hélène : C’est justement l’approche du Mag. Quand nous organisons des interventions en milieu scolaire, nous parlons de sexisme et d’homophobie parce que ce sont les sujets les plus sensibles. A l’école, c’est l’homophobie que les jeunes homosexuel(le)s ressentent ou subissent d’une façon X ou Y. En même temps, nous savons que c’est un peu hypocrite car à partir du moment où on va parler d’homophobie on va parler d’homosexualité. Souvent les élèves n’en ont jamais parlé ni à l’école, ni en famille, ni entre amis, en tout cas jamais de manière objective. Ils ont beaucoup de questions : comment on se sent ? Pourquoi ça existe ? D’où ça vient ? Ce genre de choses.

Ligne Azur : Les infirmières scolaires doivent-elles s’impliquer dans ce travail d’information et de soutien ?

Hélène : Elles ont un rôle à jouer puisque dans un certain nombre d’établissements scolaires, elles parlent d’éducation sexuelle, de santé et de bien-être des élèves. Toutefois il ne faut pas réduire la question de l’homosexualité et de l’homophobie aux seules infirmières scolaires. Pour faire évoluer les mentalités dans un établissement, le soutien de l’administration est nécessaire. Quand les élèves ou les infirmières ont envie de mettre en place des actions, des blocages interviennent à différents niveaux. Des professeurs refusent d’en parler dans leurs cours ou l’administration elle-même estime que ce sujet ne doit pas être abordé. Le problème ne se situe pas seulement au niveau des élèves et des infirmières, c’est malheureusement quelque chose de plus global.

Ligne Azur : Vos propos confirment les difficultés de Ligne Azur à diffuser ses affiches dans les établissements scolaires. Vous, par exemple, connaissiez-vous notre ligne quand vous étiez au lycée ?

Hélène : Absolument pas. Je n’ai aucun souvenir d’avoir vu une affiche à l’infirmerie ou ailleurs. Dans l’ensemble, Ligne Azur n’est pas très connue des jeunes. C’est dommage car beaucoup d’entre eux se posant des questions et ne sachant pas à qui les poser pourraient téléphoner aux écoutant(e)s.

Ligne Azur : Qu’est-ce que le Mag propose aux jeunes homosexuel(le)s qui viennent vous voir ?

Hélène : Nous leur proposons d’abord un espace où ils sont en sécurité, où ils sont tranquilles pour rencontrer d’autres jeunes homosexuel(le)s de leur âge sans jamais être jugés. La deuxième fonction consiste à leur apporter un soutien moral s’ils en ont besoin. Nos « accueillants » écoutent les jeunes et, si nécessaire, les orientent vers des spécialistes (psychologues, conseillers juridiques) ou vers une association thématique s’ils sont intéressés par tel ou tel sujet.

Ligne Azur : Quels sont les projets du Mag en 2006 ?

Hélène : Les interventions en milieu scolaire mises en place depuis quelques années restent prioritaires pour le Mag car c’est un moyen de rencontrer les jeunes. Pas seulement les jeunes homosexuel(le)s susceptibles de venir dans notre association mais plutôt les jeunes hétérosexuel(le)s n’ayant jamais eu l’occasion de parler d’homosexualité. Leur donner un espace d’expression nous tient expressément à cœur. Pour moi, c’est ce qui ressort le plus.


Entretien réalisé pour Ligne Azur par Alain Miguet

*Association de jeunes gays, lesbiennes et bisexuel(le)s de 16 à 26 ans qui a pour vocation d’aider d’autres jeunes homosexuel(le)s et bisexuel(le)s. Le local du Mag est ouvert le vendredi entre 18 h et 22 h et le samedi entre 16 h et 20 h. 106, rue de Montreuil 75011 Paris Métro : Nation ou Avron Tél. : 01 43 73 31 63 Site Internet : www.mag-paris.org
Autres portraits



Louis-Georges Tin
Jean-Marie Périer
auteur de "Casse-toi !"
Anne-Marie Guimbretière,
rédactrice en chef d’Essentiel Santé Magazine


Philippe Castel,
porte-parole de l’Inter-LGBT, pour les 10 ans du Pacte civil de solidarité (Pacs)*

René-Paul Leraton,
fondateur de Ligne Azur
Louis-Georges Tin,
fondateur et président de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie.
Jean-Paul Cluzel
, P.-D.G. de Radio France
Solange,
présidente du MAG*, pour une enquête sur les jeunes trans.
Nicolas Noguier,
président du Refuge
Didier Roth-Bettoni,
programmateur du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris
Marylène Courivaud,
directrice de la communication à la Halde
David Auerbach Chiffrin,
président de Tjenbé Rèd !* - Association LGBT rassemblant les personnes noires et métisses et leurs amiEs
Revendiquer pour mieux vivre
La Marche des Fiertés parisienne a réuni lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels
Véronique Soulié,
présidente de l’association Estim’
Bernard Scholl,
membre de la commission LGBT d’Amnesty International
Lucie Landuré-Zouane,
en charge du programme Le Fers, destiné aux jeunes hommes en questionnement sur leur orientation sexuelle.
Béatrice Guéret,
auteur de "Dirty Slapping", court-métrage réalisé par Edouard Molinaro (Scénarios contre les discriminations)*
Lionel Labosse
,écrivain, enseignant, rédacteur en chef de la rubrique Littérature jeunesse du Collectif HomoEdu
Pierre Verdrager
sociologue, auteur de "L’Homosexualité dans tous ses états"*
Hugues Barthe
auteur de "Dans la peau d’un jeune homo"*
Fernanda Como
Infirmière scolaire au lycée agricole de Radinghem, Pas-de-Calais
Bruno Jaeger,
coordinateur pour la France de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie
Stéphane Morel,
27 ans, de l’association LGBT Dégel, Universités de Paris 6 et 7
Olivier Borel,
29 ans, président de Moove, association LGBT de Lyon
Thomas-Xavier Durnerin,
21 ans, trésorier de In Pride l’association LGBT des Grandes Ecoles toulousaines
Thomas Guiraud
29 ans, webmaster de l’association étudiante LGBT Wake Up de Bordeaux
Florence Fradelizi
coprogrammatrice du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris
Marie-Pierre Iturrioz
coanimatrice du Collectif de lutte contre l’homophobie de la CGT
Vincent Guillot
porte-parole de l’Organisation internationale des intersexes pour l’Europe
Philippe Castel
référent FSU plate-forme lutte contre l’homophobie
Agathe Solins
de l’association Ni Putes Ni Soumises
Nicole Athéa
médecin, référent médical CRIPS*
Louis-Georges Tin
Fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie
Alain Parmentier
Président de FLAG !, l’association des policiers gays et lesbiens
Jean-Paul Cluzel
P.-D. G. de Radio France
Henri Dhellemmes
directeur littéraire aux éditions H&O
Olivier Nostry
Président d’Ex Aequo, association LGBT responsable d’une émission gay et lesbienne sur Radio Primitive à Reims
Christophe Botti
Auteur d’"Un cœur sauvage"*, pièce sur la découverte de l’homosexualité par Mathan, un jeune garçon de 17 ans...
Frank Tanguy
Porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens
Michel Dorais
Auteur avec Eric Verdier du Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes*
Louis-Georges TIN
Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie"
David DIBILIO
Directeur/programmateur du Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris
Philippe Castel
Conseiller principal d’éducation, coordinateur des groupes FSU et SNES de lutte contre les LGBT phobies
Natacha TAURISSON
Porte-parole et vice-présidente de l’Association du Syndrome de Benjamin (ASB)
Olivier NOSTRI
Porte parole de l’association Ex Aequo à Reims
Cécile Robin
professeur de SVT
René-Paul Leraton
Coordinateur de Ligne Azur