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Jean-Paul Cluzel P.-D. G. de Radio France
3 avril 2006

Crédit : Radio France / Christophe Abramovitz - 3.6 ko
Crédit : Radio France / Christophe Abramovitz
 
Ligne Azur : De quel milieu social êtes-vous originaire ?

Jean-Paul Cluzel (JPC) : Jusqu’à 14 ans, j’ai vécu au Kremlin-Bicêtre où mes parents étaient quincailliers. C’était un milieu très simple dans lequel on ne parlait pas d’homosexualité. Au lycée, j’entendais des blagues sur les pédés sans vraiment savoir ce que cela signifiait. A Sciences Pô, ce sujet n’était pas non plus abordé. Je ne me souviens pas d’un camarade dont on m’aurait dit qu’il était homosexuel. J’ai commencé à réfléchir à cette question après mai 1968 quand il est devenu plus facile dans la société française de parler de toutes les sexualités et donc de l’homosexualité.

Ligne Azur : A qui avez-vous dit en premier : « Je suis homosexuel. » ?

JPC : Je n’ai rien dit tant que je n’étais pas sûr d’accepter mon homosexualité ni avant d’avoir eu des relations sexuelles avec un homme. A ce moment-là, j’avais 26 ans. J’en ai d’abord parlé à d’autres homosexuels, des personnes rencontrées par hasard, puis à des amis hétéros proches. Je m’en faisais toute une histoire mais contrairement à mon inquiétude, mes amis ont considéré cette information comme une affaire mineure. Ma famille a beaucoup moins bien réagi. Ma mère l’a appris par hasard et a fait une dépression nerveuse. C’est cette difficulté avec ma famille qui m’a conduit, quand j’ai eu une certaine visibilité sociale, à en parler ouvertement dans les médias. Je me suis dit que si ma mère avait su que le président de Radio France de l’époque, de France Télévisions ou d’une autre grande société était homosexuel, elle n’aurait pas eu la même attitude à mon égard.

Ligne Azur : Vous n’avez jamais pu en parler avec vos parents ?

JPC : Avec mes parents, nous parlions de ma vie professionnelle, de politique, de tout sauf de ma vie privée. Certes, je ne voulais pas leur parler des détails de ma vie sexuelle. Les hétérosexuels non plus ne parlent pas de leur vie sexuelle avec leurs parents. En revanche ils parlent de leur vie affective, de leur rencontre avec un petit ami ou une petite amie. J’ai trouvé complètement anormal de ne pas pouvoir aborder cette partie de ma vie avec mes parents, être dans le non dit permanent.

Ligne Azur : Votre homosexualité a-t-il été un handicap pour votre carrière ?

JPC : Après mes études, j’ai intégré la Haute Fonction publique. Au ministère des Finances et en particulier à l’inspection générale des finances, tous mes camarades savaient que j’étais gay. Nous étions dans les années 1970 et cela n’a jamais posé de problème car ce sont des milieux ouvert et libéraux. Sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, le ministre des Affaires étrangères Jean-François Poncet m’a proposé d’intégrer son cabinet. Quand je lui ai dit que j’étais homosexuel, il m’a répondu : « Je m’en fiche dés lors que vous ne me créez pas de scandale. ». Ma vie privée a toujours été libre et ouverte.

Ligne Azur : Pourquoi, après votre nomination à la présidence de Radio France, avez-vous déclaré vouloir « contribuer à ce que les relations entre enfants gays et parents soient normales » ?

JPC : Aujourd’hui, je crois beaucoup en ce que les Anglo-Saxons appellent des Roles Models, des personnes de référence. Quand on est Français d’origine maghrébine, il est important qu’il y ait des artistes, des sportifs ou des chefs d’entreprise maghrébins. Si on est africain, c’est la même chose. Tous ces modèles aident les gens à être présents dans la société et à se réaliser. Le fait qu’il y ait des gays qui, en dehors des milieux de la culture ou de la mode affirment qu’ils sont informaticiens gays, banquiers gays ou chefs d’entreprise gays, c’est très positif. Quand on a entre 15 et 25 ans, ces Roles Models peuvent aider à améliorer l’image de soi. Je regrette qu’en France ce mouvement soit si peu développé.

Entretien réalisé par Alain Miguet pour Ligne Azur

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