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Vincent Guillot porte-parole de l’Organisation internationale des intersexes pour l’Europe
4 septembre 2006

Ligne Azur : Que signifie être intersexe ?

Vincent Guillot (VG) : Donner une définition précise de l’intersexualité n’est pas possible puisque nous avons notre propre définition et le milieu médical à la sienne, ce qui change beaucoup de choses. Pour nous, l’intersexualité recouvre tout ce qui n’est pas physiologiquement mâle ou femelle chez les mamifères. Pour les médecins, nous représentons 2 % de la population contre 15 à 20 % selon nos estimations.

Ligne Azur : L’intersexualité n’a rien à voir avec l’homosexualité ?

VG : Des convergences existent, et ce n’est pas un hasard si les intersexes militent au sein des mouvements LGBT. Il y a déjà une implication de l’orientation sexuelle - même si pour nous l’orientation sexuelle n’a pas grand sens. Mais tout de même. Un garçon qui n’est pas tout à fait un garçon, comme une fille qui n’est pas tout à fait une fille, aura une orientation sexuelle beaucoup plus fluctuante et très souvent homosexuelle.

Ligne Azur : Vous sentez-vous plus proche du mouvement transsexuel que du mouvement homosexuel ?

VG : L’Organisation internationale des intersexes est en convergence de lutte avec l’ensemble des personnes travaillant sur les questions de genre : transsexuelLEs, homosexuelESs et aussi féministes. Cependant, dans certains pays comme aux Pays-Bas, les intersexes ne veulent absolument pas entendre parler de la transsexualité. En France, les associations qui vivent l’intersexualité comme une pathologie ne se considèrent pas comme intersexes.

Ligne Azur : Quelle est la situation des intersexes sur le plan juridique, administratif... ?

VG : La situation juridique n’a pas évolué : depuis le Moyen Age, nous sommes des erreurs de la nature. A partir du moment où nous acceptons de vivre dans un genre défini, de ne pas aller d’un genre à l’autre, nous sommes acceptés. Jusqu’à peu, si, à l’âge adulte, nous demandions un retour à notre sexe physique - dans la mesure du possible car une fois que tous les organes génitaux ont été coupés, il est difficile de revenir en arrière..., ça se faisait sans heurts. Mais depuis quelque temps, nous constatons par le biais des luttes transsexuelles que des difficultés nouvelles émergent. A savoir la volonté de la part des médecins d’obliger les intersexes à suivre un parcours transsexuel ou l’impossibilité de retrouver son identité réelle auprès de la justice.

Ligne Azur : Quelles sont vos relations avec les médecins ?

VG : En France, il n’y a pas de dialogue possible avec eux, contrairement à ce qui se passe en Suisse où le travail de l’OII avec des universitaires et des médecins a permis de faire cesser depuis quelques mois les mutilations sur les petits enfants.

Ligne Azur : Quel est votre discours vis-à-vis d’une personne qui s’interroge sur son genre ?

VG : C’est beaucoup plus complexe que l’homosexualité par exemple, parce que se posent des enjeux de santé du fait de la médicalisation du corps. En général il y a eu des mutilations. Et s’il n’y a pas eu mutilation physique des organes génitaux parce que l’organe génital était selon la norme « habituel », il y a eu des mutilations liées aux traitements hormonaux infligés dès la plus tendre enfance aux personnes intersexes. Les gens n’ont jamais eu l’occasion de parler de ces multiples traumatismes, auxquels s’ajoutent très souvent des viols. Donc notre premier travail, assez compliqué, est d’arriver à démêler l’ensemble de la problèmatique de la personne. Puis c’est bien sûr de rappeler que les intersexes sont une variation naturelle, et qu’à ce titre-là nous ne sommes pas plus anormaux que les personnes dites « normales ». Bien souvent les demandes, comme pour les transsexuelLEs, sont liées aux traitements médicaux. Sauf que pour les intersexes, ce sont des traitements de réhabilitation du corps et non des demandes de modification.

Ligne Azur : Quelles sont les revendications de l’OII ?

VG : Outre l’arrêt des mutilations génitales, nous réclamons l’arrêt de l’obligation de déclarer un enfant garçon ou fille à la naissance ainsi que la possibilité de vivre dans les genres que l’on choisit ou dans le non genre.

Ligne Azur : Quel bilan dressez-vous de vos Universités d’été qui viennent de se dérouler à Paris ?

VG : C’est la première fois au monde qu’un colloque aussi complet sur la problématique de l’intersexualité était organisé. Au départ, nous ne nous sommes pas rendu compte qu’il y aurait une telle résonnance. La demande internationale a été très forte de la part d’universitaires ou de médecins, ce qui nous remplit d’espoir pour la rencontre internationale que nous organiserons à Lausanne en septembre 2007. Nous y attendons plusieurs centaines de personnes et d’intervenants internationaux. L’autre bilan positif du colloque de Paris, c’est que des intersexes sont venus. Pour la première fois de leur vie, ils ont rencontré des personnes dont ils savaient clairement qu’ils étaient intersexes. Ils ont pu échanger sur leur ressenti, leur façon de vivre. C’était très important. En fait, nous avons organisé un colloque permettant en même temps aux gens de s’exprimer, ce qui n’était jamais arrivé, et de toucher de nombreux chercheurs - notamment en sciences sociales, domaine où émerge beaucoup la problématique de l’intersexualité - et des médecins.

Ligne Azur : Pour finir, avez-vous un lieu d’accueil où les intersexes, et les personnes qui s’interrogent, peuvent se rencontrer ?

VG : Nous n’avons pas de lieu d’accueil puisque je suis le seul intersexe à accepter de travailler à visage découvert en France. Il ne faut pas oublier que nous sommes élevés dans la honte de ce qu’on est. Ceci dit, les gens peuvent me téléphoner au 06 66 44 60 79 afin d’obtenir des renseignements ou être soutenus, et ils peuvent consulter notre site Intersexualite.org

Pour écouter l’interview accordée à Radio Bistouri oui oui par Vincent Guillot en 2004, cliquez ici


Entretien réalisé par Alain Miguet pour Ligne Azur

Autres portraits
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rédactrice en chef d’Essentiel Santé Magazine


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porte-parole de l’Inter-LGBT, pour les 10 ans du Pacte civil de solidarité (Pacs)*

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Président d’Ex Aequo, association LGBT responsable d’une émission gay et lesbienne sur Radio Primitive à Reims
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Secrétaire de la commission politique du Mag*
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Auteur d’"Un cœur sauvage"*, pièce sur la découverte de l’homosexualité par Mathan, un jeune garçon de 17 ans...
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Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie"
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Directeur/programmateur du Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris
Philippe Castel
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Porte-parole et vice-présidente de l’Association du Syndrome de Benjamin (ASB)
Olivier NOSTRI
Porte parole de l’association Ex Aequo à Reims
Cécile Robin
professeur de SVT
René-Paul Leraton
Coordinateur de Ligne Azur