| Fernanda Como Infirmière scolaire au lycée agricole de Radinghem, Pas-de-Calais |
| 25 juin 2007 |
Fernanda Como (FC) : Je l’ai été plusieurs fois. Je me souviens, l’année dernière, d’un jeune homme de 18 ans souffrant de dépression. Il venait me voir tous jes jours pour chercher son traitement. Petit à petit, il m’a parlé de lui, de sa dépression et a fini par me révéler son homosexualité, cause d’une tentative de suicide. Sa maman est désormais au courant mais pas son père. Ce garçon ne veut pas parler à son entourage car le milieu agricole dans lequel il vit est souvent source de discriminations. Ligne Azur : Comment avez-vous procédé pour qu’il se confie à vous ? FC : Je lui ai parlé de ce que j’avais fait dans le lycée où j’exerçais précédemment. J’avais travaillé avec un jeune homosexuel à partir d’ateliers d’écriture pour lui permettre d’exprimer ce qu’il ressentait. J’ai montré ces écrits, en respectant l’anonymat, à ce jeune du lycée de Radinghem, et cette lecture lui a fait du bien. Je lui ai aussi montré le DVD, conçu par la Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche (DGRE), qui présente six courts-métrages évoquant l’homosexualité. J’ai beaucoup discuté avec lui de ce qu’il ressentait, et cette année son humeur a changé. Il est beaucoup mieux dans sa peau. Il a vu que je n’avais pas d’a priori et qu’il pouvait me parler sans tabou. Tout le poids qui l’oppressait depuis des années s’est estompé. Ligne Azur : Comment réagissent vos collègues enseignants à ces questions d’orientation sexuelle ? FC : Je ne veux pas rester toute seule dans mon coin, donc j’essaie de travailler avec eux. Quand nous avons organisé l’atelier d’écriture, je l’ai fait en collaboration avec une enseignante de français. En 2006, nous avons monté une semaine sur les discriminations avec l’aide de professeurs suffisamment ouverts sur ce genre de sujets. Certains ne sont pas intéressés par les questions de santé et de bien-être. Eh bien il faut travailler avec les autres pour progresser ! J’ai la chance d’avoir toujours rencontré des enseignants motivés par mes projets. Ligne Azur : Comment s’est organisée cette semaine sur les discriminations ? FC : Au départ, nous avions remarqué certains incidents racistes avec des élèves amateurs de musique nazie. Or les élèves racistes sont souvent très hostiles à l’homosexualité. Ils ont énormément d’a priori. Nous avons pensé qu’il fallait agir en montant un projet pédagogique d’envergure afin de parler de racisme, de sexisme, d’homophobie et d’handicap. Nous avons fait venir des intervenants de la LICRA, Sida Info Service, Ni Putes Ni Soumises..., et les jeunes ont fait part ensuite de leurs remarques à un professeur. Ligne Azur : Quelles ont été ces remarques ? FC : Les groupes avec lesquels j’ai travaillés ont été très attentifs, notamment les classes de filles qui ont beaucoup apprécié. Dans la semaine qui a suivi, certains élèves mis un peu de côté soit parce qu’ils étaient timides soit pour d’autres raisons se sont sentis mieux. Ils ont parlé un peu plus avec les adultes. Nous avions aussi décidé de parler des jeunes rejetés au sein même du lycée. Là encore des progrès ont été sensibles. Je pense à un garçon assez replié sur lui-même qui a trouvé dans le prolongement de cette semaine un appui psychologique. Selon moi, le seul point négatif réside dans la durée. Une semaine, c’est trop long. Trois jours auraient été amplement suffisants. Ligne Azur : A vous entendre, il serait plus profitable d’englober toutes les discriminations plutôt que de travailler sur une en particulier... FC : Oui, il ne faut pas dissocier les discriminations car elles naissent toujours des mêmes a priori. Ces a priori sont le fait de gens qui ne connaissent pas. Dans la filière secrétariat du lycée qui accueille des jeunes plutôt citadins, l’homosexualité ne pose pas de problème. Ils en parlent, sont très ouverts aux différences. Dans les campagnes, l’homosexualité reste un sujet tabou. Voilà pourquoi il faut en parler. Et ça marche car des élèves au départ opposés aux homosexuels m’ont dit par la suite : « Je ne les voyais pas comme ça ! » Comme « ça » voulait dire qu’ils comprenaient à présent le sentiment amoureux pouvant naître entre deux garçons ou deux filles. Au départ, ils ne voyaient que l’acte sexuel. Et ça ils ne supportaient pas. Je me souviens d’un élève plutôt machiste, qui considérait l’homosexualité comme une perversion. Il a totalement changé d’avis. Lui et ses camarades m’ont dit qu’ils ne verraient plus un homosexuel seulement en fonction de la sexualité mais en fonction des sentiments. Ligne Azur : Votre hiérarchie vous a-t-elle immédiatement suivie pour monter ce projet ? FC : Depuis que je travaille sur la diversité sexuelle, je n’ai rencontré aucun problème, bien au contraire. Quand j’ai commencé en 2003, c’est la directrice du lycée, très motivée, qui a souhaité que le Planning familial n’oublie pas de parler d’homosexualité au cours de son intervention. Elle regrettait que ce sujet n’apparaisse pas dans les programmes du Planning. Ligne Azur : Et de la part des familles ? FC : Il n’y a eu aucune réaction ni négative ni positive. Ligne Azur : Les infirmières scolaires ont-elles un rôle particulier à jouer dans ce domaine de l’éducation aux sexualités ? FC : Leur rôle est essentiel. Quand je suis arrivée au lycée de Radinghem, j’ai accroché au mur de l’infirmerie l’affiche de la Ligne Azur « Homo, bi, hétéro, qui suis-je ? ». C’est grâce à cette affiche qu’un élève est venu me parler. En découvrant cette affiche, je pense qu’il s’est dit que je pouvais être à son écoute. Au départ il n’osait pas me parler. Il m’a dit : « J’ai peur que vous réagissiez mal ». Alors je lui ai tendu une perche, et quand il a vu que je n’étais pas choqué, qu’il pouvait me parler, il s’est senti mieux. Je pense que les infirmières doivent en parler, doivent mettre des affiches comme elles le font pour les autres projets santé afin que des élèves vivant dans le secret puissent s’exprimer sans crainte. Pour les deux élèves dont je vous ai parlé, j’ai constaté un gros poids en moins sur leurs épaules. Ils sont devenus très souriants et s’exprimaient beaucoup plus facilement. Ils osaient s’assumer puisqu’ils avaient mon écoute. Ligne Azur : Quel conseils donneriez-vous à vos collègues infirmières confrontées à un jeune en questionnement ? FC : J’essaie de monter de nombreux projets prévention et santé car c’est grâce à eux que les élèves viennent me voir pour parler des choses qui les préoccupent. Si on reste dans son coin, les élèves viennent timidement. Les élèves ont besoin de connaître les projets de l’infirmière scolaire de leur établissement pour mieux l’aborder. Il est aussi nécessaire de travailler en réseau et être à l’écoute de ce que dit la société. C’est la meilleure façon de répondre aux besoins qu’elle exprime. Enfin, il faut travailler en équipe. Sans le soutien des professeurs, un projet n’a pas un gros impact. Quand les élèves sentent que toute la communauté éducative adhère, que ce n’est pas seulement le projet de l’infirmière scolaire, ça marche. Entretien réalisé par Alain Miguet pour Ligne Azur Pour se procurer le DVD « Qu’en dira-t-on ? » (17 € + frais de port), rendez-vous sur le site Internet d’Educagri éditions ou téléphonez au 03 80 77 26 32 |
Louis-Georges Tin |
| Jean-Marie Périer auteur de "Casse-toi !" |
| Anne-Marie Guimbretière, rédactrice en chef d’Essentiel Santé Magazine |
| Philippe Castel, porte-parole de l’Inter-LGBT, pour les 10 ans du Pacte civil de solidarité (Pacs)* |
| René-Paul Leraton, fondateur de Ligne Azur |
| Louis-Georges Tin, fondateur et président de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. |
| Jean-Paul Cluzel , P.-D.G. de Radio France |
| Solange, présidente du MAG*, pour une enquête sur les jeunes trans. |
| Nicolas Noguier, président du Refuge |
| Didier Roth-Bettoni, programmateur du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marylène Courivaud, directrice de la communication à la Halde |
| David Auerbach Chiffrin, président de Tjenbé Rèd !* - Association LGBT rassemblant les personnes noires et métisses et leurs amiEs |
| Revendiquer pour mieux vivre La Marche des Fiertés parisienne a réuni lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels |
| Véronique Soulié, présidente de l’association Estim’ |
| Bernard Scholl, membre de la commission LGBT d’Amnesty International |
| Lucie Landuré-Zouane, en charge du programme Le Fers, destiné aux jeunes hommes en questionnement sur leur orientation sexuelle. |
| Béatrice Guéret, auteur de "Dirty Slapping", court-métrage réalisé par Edouard Molinaro (Scénarios contre les discriminations)* |
| Lionel Labosse ,écrivain, enseignant, rédacteur en chef de la rubrique Littérature jeunesse du Collectif HomoEdu |
| Pierre Verdrager sociologue, auteur de "L’Homosexualité dans tous ses états"* |
| Hugues Barthe auteur de "Dans la peau d’un jeune homo"* |
| Bruno Jaeger, coordinateur pour la France de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Stéphane Morel, 27 ans, de l’association LGBT Dégel, Universités de Paris 6 et 7 |
| Olivier Borel, 29 ans, président de Moove, association LGBT de Lyon |
| Thomas-Xavier Durnerin, 21 ans, trésorier de In Pride l’association LGBT des Grandes Ecoles toulousaines |
| Thomas Guiraud 29 ans, webmaster de l’association étudiante LGBT Wake Up de Bordeaux |
| Florence Fradelizi coprogrammatrice du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marie-Pierre Iturrioz coanimatrice du Collectif de lutte contre l’homophobie de la CGT |
| Vincent Guillot porte-parole de l’Organisation internationale des intersexes pour l’Europe |
| Philippe Castel référent FSU plate-forme lutte contre l’homophobie |
| Agathe Solins de l’association Ni Putes Ni Soumises |
| Nicole Athéa médecin, référent médical CRIPS* |
| Louis-Georges Tin Fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Alain Parmentier Président de FLAG !, l’association des policiers gays et lesbiens |
| Jean-Paul Cluzel P.-D. G. de Radio France |
| Henri Dhellemmes directeur littéraire aux éditions H&O |
| Olivier Nostry Président d’Ex Aequo, association LGBT responsable d’une émission gay et lesbienne sur Radio Primitive à Reims |
| Hélène Secrétaire de la commission politique du Mag* |
| Christophe Botti Auteur d’"Un cœur sauvage"*, pièce sur la découverte de l’homosexualité par Mathan, un jeune garçon de 17 ans... |
| Frank Tanguy Porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens |
| Michel Dorais Auteur avec Eric Verdier du Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes* |
| Louis-Georges TIN Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie" |
| David DIBILIO Directeur/programmateur du Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris |
| Philippe Castel Conseiller principal d’éducation, coordinateur des groupes FSU et SNES de lutte contre les LGBT phobies |
| Natacha TAURISSON Porte-parole et vice-présidente de l’Association du Syndrome de Benjamin (ASB) |
| Olivier NOSTRI Porte parole de l’association Ex Aequo à Reims |
| Cécile Robin professeur de SVT |
| René-Paul Leraton Coordinateur de Ligne Azur |