| Béatrice Guéret, auteur de "Dirty Slapping", court-métrage réalisé par Edouard Molinaro (Scénarios contre les discriminations)* |
| 31 janvier 2008 |
Béatrice Guéret (BG) : J’ai 43 ans et c’est la seconde fois que je suis primée à un concours organisé par le Centre régional d’information et de prévention du sida (CRIPS). La première fois, j’avais été sélectionnée pour un scénario sur les drogues. J’ai fait des études d’espagnol, enseigné le français à des étrangers, été documentaliste dans l’audiovisuel et j’ai travaillé dans une galerie d’art associative. En 2007, j’ai travaillé dans un lycée professionnel du bâtiment, ce qui a été une source d’inspiration pour le sujet de mon court-métrage consacré à la lutte contre l’homophobie. Ligne Azur : Travaillez-vous depuis longtemps sur l’écriture de textes ? BG : Il y a une dizaine d’années, j’ai fait une petite formation d’écriture de scénarios. J’aime à la fois l’écriture de scénarios et le domaine de la prévention. Participer aux concours du CRIPS me permet d’allier ces deux passions. Et depuis trois ans je suis sur l’écriture d’un long métrage. Ligne Azur : Pourquoi la question des discriminations vous touche-t-elle autant ? BG : J’y suis assez sensible pour plein de raisons. Ma mère, espagnole, n’a pas eu la chance d’aller à l’école et j’ai subi un peu de racisme par rapport à cette situation. Quand j’étais petite fille - c’est peut-être un peu bête d’en parler, mais j’ai eu une maladie de peau, et j’ai ressenti pas mal de honte à cause du regard de mes camarades. Les enfants peuvent être assez agressifs voire violents, ils se moquent assez facilement des autres. Je l’ai certainement fait aussi ! Je ne me prends pas pour une sainte non plus... Ligne Azur : Pourquoi avoir choisi de parler de l’homophobie ? BG : Il est urgent de parler de l’homophobie dans la mesure où, selon plusieurs études, le risque de suicide est 7 à 12 fois plus élevé chez les jeunes homosexuels que chez les hétérosexuels. J’ai l’impression que c’est plus difficile pour les garçons que pour les filles. Moi qui suis homosexuelle, je n’ai pas le souvenir d’avoir subi des discriminations. En revanche, j’ai souvent entendu des choses assez violentes au sujet des garçons. Je suis toujours assez choquée d’entendre des injures comme “pédé”, toutes ces injures qui ponctuent le quotidien. Je voulais aussi parler du happy slapping. Ca ne se voit pas autant que je l’aurais voulu dans le court-métrage car certaines choses ont été changées par rapport au scénario. Mais pour moi, il était important de parler de cette violence qui consiste à filmer l’agression d’une personne à l’aide d’un téléphone portable et à l’humilier. Je me suis un peu renseignée et j’ai entendu parler de SDF qui sont payés par des gens pour être filmés en train de se tabasser. Des choses assez graves circulent sur le web. Ligne Azur : Pourquoi les filles semblent-elles moins concernées par l’homophobie que les garçons ? BG : Les gens n’imaginent pas que les femmes puissent avoir des relations sexuelles entre elles. De toute façon, ce qui est surtout détesté, ce sont les relations entre les garçons. J’ai l’impression aussi que, même quand on est homosexuel, il y a différents niveaux d’homophobie. Une fille masculine se fera plus insultée qu’une fille qui se fait un peu moins remarquée par son look. Un garçon un peu féminin se fera très facilement insulter. Il faut rentrer dans des normes. Je trouve ça assez violent. Ligne Azur : Qu’est-ce que le séjour que vous avez effectué en 2007 comme professeur de français dans un lycée professionnel vous a apporté pour écrire votre scénario ? BG : Dans ce lycée, les insultes fusaient quotidiennement. Il est vrai que le milieu du bâtiment est assez masculin, un peu violent. Ces jeunes, aux histoires familiales souvent assez compliquées, n’avaient pas forcément la possibilité de faire d’autres métiers. Quand je voyais ces garçons individuellement, ils étaient adorables alors qu’en groupe, dans la cour ou au réfectoire, j’entendais pas mal de choses. Tous les jours, l’insulte “pédé” revenait. Quant aux quelques filles présentes, elles se faisaient traiter de “putes” si elles venaient en jupe. Ligne Azur : Sexisme et homophobie sont donc assez courants... BG : Oui, même si cela peut prendre différentes formes. Je me souviens du professeur d’un lycée professionnel maritime que j’avais contacté parce que je voulais écrire une histoire se déroulant dans ce milieu. Il m’avait dit que dans ce genre de lycée, il n’y avait pas d’homophobie, que tout le monde était très tolérant. Or j’ai assisté à un exercice de sauvetage en mer au cours duquel 3 ou 4 garçons étaient assez proches physiquement. J’ai entendu cette invective : “Alors les petits pédés, ça va !” Après j’ai su qu’un jeune homosexuel se trouvait dans le groupe, et qu’il vivait très mal son orientation sexuelle. Ligne Azur : Que signifie pour vous “être homosexuel” ? BG : Les gens ne se rendent pas compte qu’être homosexuel, c’est être d’abord amoureux. C’est être attiré par quelqu’un et ça ne se commande pas. Certaines personnes pensent que l’homosexualité est un choix un peu malsain. Du coup les homos se protègent. Même si on ne subit pas soit même l’homophobie, j’ai l’impression qu’un(e) homosexuel(le) s’autoexclut de temps en temps, comme dans le milieu du travail où on peut ne pas parler de son couple, on peut éviter de parler de soi. Mais à force d’éviter de parler de soi, de faire attention à ses gestes, de ne pas être dans la spontanéité, on se coupe un peu du monde. Entretien réalisé par Alain Miguet pour Ligne Azur *Plus de 5 000 personnes ont participé au concours « Scénarios contre les discriminations », parrainé par Guillaume Canet et Tonie Marshall. Cette opération lancée par le Centre régional d’information et de prévention du sida (CRIPS) et le Groupement d’études et de prévention du suicide (GEPS) a abouti à la réalisation de 11 courts-métrages, dont un consacré à la lutte contre l’homophobie. Depuis le 28 janvier, ces 11 courts-métrages sont diffusés sur Canal+, Arte et TF1. |
Louis-Georges Tin |
| Jean-Marie Périer auteur de "Casse-toi !" |
| Anne-Marie Guimbretière, rédactrice en chef d’Essentiel Santé Magazine |
| Philippe Castel, porte-parole de l’Inter-LGBT, pour les 10 ans du Pacte civil de solidarité (Pacs)* |
| René-Paul Leraton, fondateur de Ligne Azur |
| Louis-Georges Tin, fondateur et président de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. |
| Jean-Paul Cluzel , P.-D.G. de Radio France |
| Solange, présidente du MAG*, pour une enquête sur les jeunes trans. |
| Nicolas Noguier, président du Refuge |
| Didier Roth-Bettoni, programmateur du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marylène Courivaud, directrice de la communication à la Halde |
| David Auerbach Chiffrin, président de Tjenbé Rèd !* - Association LGBT rassemblant les personnes noires et métisses et leurs amiEs |
| Revendiquer pour mieux vivre La Marche des Fiertés parisienne a réuni lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels |
| Véronique Soulié, présidente de l’association Estim’ |
| Bernard Scholl, membre de la commission LGBT d’Amnesty International |
| Lucie Landuré-Zouane, en charge du programme Le Fers, destiné aux jeunes hommes en questionnement sur leur orientation sexuelle. |
| Lionel Labosse ,écrivain, enseignant, rédacteur en chef de la rubrique Littérature jeunesse du Collectif HomoEdu |
| Pierre Verdrager sociologue, auteur de "L’Homosexualité dans tous ses états"* |
| Hugues Barthe auteur de "Dans la peau d’un jeune homo"* |
| Fernanda Como Infirmière scolaire au lycée agricole de Radinghem, Pas-de-Calais |
| Bruno Jaeger, coordinateur pour la France de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Stéphane Morel, 27 ans, de l’association LGBT Dégel, Universités de Paris 6 et 7 |
| Olivier Borel, 29 ans, président de Moove, association LGBT de Lyon |
| Thomas-Xavier Durnerin, 21 ans, trésorier de In Pride l’association LGBT des Grandes Ecoles toulousaines |
| Thomas Guiraud 29 ans, webmaster de l’association étudiante LGBT Wake Up de Bordeaux |
| Florence Fradelizi coprogrammatrice du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marie-Pierre Iturrioz coanimatrice du Collectif de lutte contre l’homophobie de la CGT |
| Vincent Guillot porte-parole de l’Organisation internationale des intersexes pour l’Europe |
| Philippe Castel référent FSU plate-forme lutte contre l’homophobie |
| Agathe Solins de l’association Ni Putes Ni Soumises |
| Nicole Athéa médecin, référent médical CRIPS* |
| Louis-Georges Tin Fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Alain Parmentier Président de FLAG !, l’association des policiers gays et lesbiens |
| Jean-Paul Cluzel P.-D. G. de Radio France |
| Henri Dhellemmes directeur littéraire aux éditions H&O |
| Olivier Nostry Président d’Ex Aequo, association LGBT responsable d’une émission gay et lesbienne sur Radio Primitive à Reims |
| Hélène Secrétaire de la commission politique du Mag* |
| Christophe Botti Auteur d’"Un cœur sauvage"*, pièce sur la découverte de l’homosexualité par Mathan, un jeune garçon de 17 ans... |
| Frank Tanguy Porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens |
| Michel Dorais Auteur avec Eric Verdier du Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes* |
| Louis-Georges TIN Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie" |
| David DIBILIO Directeur/programmateur du Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris |
| Philippe Castel Conseiller principal d’éducation, coordinateur des groupes FSU et SNES de lutte contre les LGBT phobies |
| Natacha TAURISSON Porte-parole et vice-présidente de l’Association du Syndrome de Benjamin (ASB) |
| Olivier NOSTRI Porte parole de l’association Ex Aequo à Reims |
| Cécile Robin professeur de SVT |
| René-Paul Leraton Coordinateur de Ligne Azur |