| Lucie Landuré-Zouane, en charge du programme Le Fers, destiné aux jeunes hommes en questionnement sur leur orientation sexuelle. |
| 2 avril 2008 |
Lucie Landuré-Zouane (LLZ) : Dominik Le Fers, aujourd’hui décédé, était volontaire à AIDES dans les années 1980-1990. Il fut l’un des premiers à initier des actions de prévention et de réduction des risques auprès des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Il était très sensibilisé aux difficultés vécues par les jeunes gays. Le programme Le Fers s’adresse aux jeunes hommes entre 18 à 25 ans en difficulté avec leur orientation sexuelle. Ligne Azur : Dans quelle situation se trouvent les jeunes hommes qui vous contactent ? LLZ : Dans la très grande majorité des cas, ces jeunes se trouvent dans des situations de conflit familial fort et assez ancien et dans des ruptures en cours ou déjà effectives. Soit ils ont préféré partir de chez eux parce qu’ils sentaient que leur homosexualité ne serait pas du tout acceptée par leur famille, soit parce que leur famille les a mis à la porte. Il en découle des problèmes d’insertion et des difficultés à se projeter dans l’avenir. Souvent ces jeunes n’ont aucun réseau, aucun relais et peu d’interlocuteurs. Nous réglons d’abord les questions sociales plutôt que celles liées à l’orientation sexuelle car il est plus facile de commencer par « Je n’ai pas d’argent, pas de travail et pas de toit sur la tête » plutôt que par « Je suis gay, enfin je le crois, et je ne vais pas bien parce que je me sens discriminé. ». Les questions sociales ne sont pas au centre de notre travail mais leur prise en compte est nécessaire. Depuis fin 2004, nous suivons de 15 à 20 jeunes par an. Ligne Azur : Quelles sont les vulnérabilités les plus fréquentes ? LLZ : Conduites addictives, secret autour de l’orientation sexuelle et difficulté à en parler, isolement, idées suicidaires, traits dépressifs marqués. Ces jeunes sont en rupture d’un peu tout mais surtout de liens. Nous nous efforçons de restaurer ces liens pour que les jeunes puissent retrouver confiance en « l’adulte » et en eux-mêmes. Ainsi le programme Le Fers propose une diversité dans les supports identificatoires. Pour ma part, je suis à temps plein sur l’accompagnement éducatif, une collègue travaille à mi-temps sur un poste de psychologue et nous bénéficions du soutien de trois volontaires, dont certains sont homosexuels. Cette diversité permet aux jeunes de nous solliciter en fonction de ce que l’on est : salarié ou volontaire, homme ou femme, homo ou pas. Ils choisissent à qui ils veulent poser leurs questions au fur et à mesure de leur parcours : sexualité, relation au partenaire, place dans un groupe ou dans la société, autonomisation, etc. Le point de départ de notre action, c’est la construction identitaire. Ligne Azur : Parvenez-vous à recréer du lien avec les familles ? LLZ : Recréer du lien est très compliqué car la famille est souvent très destructrice. Pour les jeunes qui ne la voient plus ou qui ont très peu de contacts avec elle, nous n’avons pas eu l’occasion de faire de médiation. Parce que les jeunes ont souvent été maltraités avant même que leur famille ait été au courant de leur homosexualité, et que le coming out a pu rajouter à la maltraitance. D’autres jeunes, français ou d’origine étrangère, ont des liens téléphoniques avec leurs parents mais ne vont pas les voir, faute de moyens financiers. Le point commun à tous est l’impossibilité de cohabiter ensemble dans la durée même si l’orientation sexuelle peut être plus ou moins acceptée par la famille. Beaucoup d’Antillais, incapables de vivre au pays à cause de l’image négative associée à l’homosexualité, trouvent beaucoup plus facile de venir vivre leur identité à Paris. Ligne Azur : Les jeunes que vous accueillez semblent beaucoup utiliser de produits psycho-actifs. Est-ce une réalité ? LLZ : D’une manière ou d’une autre, presque tous ont eu une pratique addictive liée principalement au cannabis et à l’alcool, parfois au sexe. Du coup, le mélange des trois les expose grandement au VIH puisque la protection de soi, la réduction des risques, on n’y pense pas vraiment dans ces moments-là ! Il arrive aussi qu’il y ait une dépendance aux médicaments ou aux drogues un petit peu plus dures comme l’héroïne. Je ne saurais dire si ces pratiques sont plus fréquentes que dans la population générale. Ligne Azur : Que propose le programme Le Fers ? LLZ : Ce sont les jeunes qui décident de leur avenir. Nous essayons seulement de les accompagner dans la construction de leur identité et de leur libre arbitre. Nous les aidons à faire ce qu’ils n’ont pas pu faire ailleurs que ce soit dans les missions locales, les centres d’hébergement ou leur famille auparavant. Ligne Azur : Vous semblez constater un échec des structures classiques d’accompagnement pour ces jeunes ? LLZ : Les jeunes sont les premiers à le dire : très peu de lieux existent où ils peuvent parler de sexualité, expliquer le contexte du coming out ou ce moment qui conduit à se dire à soi-même qu’on est homosexuel. Or on sait bien qu’une fois qu’on se l’est dit, c’est là que tout commence ! Pour un jeune de 18 ou 20 ans en questionnement sur sa sexualité, qui se sent anormal, honteux, qui doit gérer une image dévaluée, qui doit faire face aux discriminations éventuelles, il n’est pas simple de trouver du travail. Nous insistons beaucoup sur ces aspects de la honte et de la culpabilité, car ce sont des freins importants à la construction d’un projet professionnel. Par exemple, faire des simulations d’entretiens d’embauche filmés est parfois compliqué car certains jeunes ne peuvent pas regarder leur image. Ils ne se regardent jamais dans un miroir à cause de la honte. Les structures d’insertion ignorant cette problématique ne prennent pas en compte cette complexité. Ligne Azur : Ces démarches peuvent prendre beaucoup de temps. Combien de temps dure l’accompagnement ? LLZ : Si le jeune arrive à 18 ans, l’accompagnement peut se poursuivre jusqu’à 25 ans, qui est notre limite. En moyenne, 18 à 24 mois sont nécessaires pour qu’une certaine stabilité et une certaine maturation se mettent en place. Les premiers arrivés sont encore avec nous. Mais ils ont mûri au point de participer à des actions de visibilité où ils peuvent témoigner, car ils sont aussi dans cette demande de pouvoir transmettre leur expérience. Nous avons de la place dans ce programme, donc les jeunes qui se sentent en difficulté peuvent nous appeler au 01 53 24 92 02. Entretien réalisé par Alain Miguet pour Ligne Azur |
Louis-Georges Tin |
| Jean-Marie Périer auteur de "Casse-toi !" |
| Anne-Marie Guimbretière, rédactrice en chef d’Essentiel Santé Magazine |
| Philippe Castel, porte-parole de l’Inter-LGBT, pour les 10 ans du Pacte civil de solidarité (Pacs)* |
| René-Paul Leraton, fondateur de Ligne Azur |
| Louis-Georges Tin, fondateur et président de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. |
| Jean-Paul Cluzel , P.-D.G. de Radio France |
| Solange, présidente du MAG*, pour une enquête sur les jeunes trans. |
| Nicolas Noguier, président du Refuge |
| Didier Roth-Bettoni, programmateur du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marylène Courivaud, directrice de la communication à la Halde |
| David Auerbach Chiffrin, président de Tjenbé Rèd !* - Association LGBT rassemblant les personnes noires et métisses et leurs amiEs |
| Revendiquer pour mieux vivre La Marche des Fiertés parisienne a réuni lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels |
| Véronique Soulié, présidente de l’association Estim’ |
| Bernard Scholl, membre de la commission LGBT d’Amnesty International |
| Béatrice Guéret, auteur de "Dirty Slapping", court-métrage réalisé par Edouard Molinaro (Scénarios contre les discriminations)* |
| Lionel Labosse ,écrivain, enseignant, rédacteur en chef de la rubrique Littérature jeunesse du Collectif HomoEdu |
| Pierre Verdrager sociologue, auteur de "L’Homosexualité dans tous ses états"* |
| Hugues Barthe auteur de "Dans la peau d’un jeune homo"* |
| Fernanda Como Infirmière scolaire au lycée agricole de Radinghem, Pas-de-Calais |
| Bruno Jaeger, coordinateur pour la France de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Stéphane Morel, 27 ans, de l’association LGBT Dégel, Universités de Paris 6 et 7 |
| Olivier Borel, 29 ans, président de Moove, association LGBT de Lyon |
| Thomas-Xavier Durnerin, 21 ans, trésorier de In Pride l’association LGBT des Grandes Ecoles toulousaines |
| Thomas Guiraud 29 ans, webmaster de l’association étudiante LGBT Wake Up de Bordeaux |
| Florence Fradelizi coprogrammatrice du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marie-Pierre Iturrioz coanimatrice du Collectif de lutte contre l’homophobie de la CGT |
| Vincent Guillot porte-parole de l’Organisation internationale des intersexes pour l’Europe |
| Philippe Castel référent FSU plate-forme lutte contre l’homophobie |
| Agathe Solins de l’association Ni Putes Ni Soumises |
| Nicole Athéa médecin, référent médical CRIPS* |
| Louis-Georges Tin Fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Alain Parmentier Président de FLAG !, l’association des policiers gays et lesbiens |
| Jean-Paul Cluzel P.-D. G. de Radio France |
| Henri Dhellemmes directeur littéraire aux éditions H&O |
| Olivier Nostry Président d’Ex Aequo, association LGBT responsable d’une émission gay et lesbienne sur Radio Primitive à Reims |
| Hélène Secrétaire de la commission politique du Mag* |
| Christophe Botti Auteur d’"Un cœur sauvage"*, pièce sur la découverte de l’homosexualité par Mathan, un jeune garçon de 17 ans... |
| Frank Tanguy Porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens |
| Michel Dorais Auteur avec Eric Verdier du Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes* |
| Louis-Georges TIN Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie" |
| David DIBILIO Directeur/programmateur du Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris |
| Philippe Castel Conseiller principal d’éducation, coordinateur des groupes FSU et SNES de lutte contre les LGBT phobies |
| Natacha TAURISSON Porte-parole et vice-présidente de l’Association du Syndrome de Benjamin (ASB) |
| Olivier NOSTRI Porte parole de l’association Ex Aequo à Reims |
| Cécile Robin professeur de SVT |
| René-Paul Leraton Coordinateur de Ligne Azur |