| David Auerbach Chiffrin, président de Tjenbé Rèd !* - Association LGBT rassemblant les personnes noires et métisses et leurs amiEs |
| 15 septembre 2008 |
David Auerbach Chiffrin (DAC) : Mal est le premier mot qui me vient à l’esprit. L’homosexualité est perçue comme étrangère aux cultures africaines et ultramarines, comme relevant du péché. Aussi étrange que cela puisse paraître pour un esprit occidental, le premier argument d’un Africain quand il parle d’homosexualité renvoie à la prostitution. Pour lui, l’homosexualité existe en Afrique parce que des Blancs âgés donnent de l’argent à de jeunes Africains, ce qui peut en effet être une réalité ponctuelle. Cependant, les Africains font une assimilation de la partie au tout. Ils ne conçoivent pas toutes les autres dimensions de l’homosexualité. Ils ne conçoivent pas notamment qu’elle puisse exister entre Noirs. En France ultramarine, la perception n’est pas très différente avec sans doute un peu moins de violence. Ligne Azur : La religion joue-t-elle un rôle moteur dans cette représentation négative de l’homosexualité ? DAC : Oui et non. La dimension religieuse est importante car elle est tout de suite mise en avant pour rappeler que la Bible condamne l’homosexualité. Souvent, on cite les textes du Lévitique**, bien connus en Afrique subsaharienne ou en France ultramarine. Pour autant, la religion n’occupe pas la première place dans le discours homophobe. Ce qui vient d’abord, c’est la prostitution et l’étrangeté aux valeurs africaines et ultramarines. Si la religion vient aggraver les choses, elle n’est pas à la racine du discours homophobe. Elle vient juste après. La preuve : le message d’amour et de tolérance que porte aussi les textes religieux (Tu ne tueras point... Tu aimeras ton prochain comme toi-même... Tu ne jetteras pas la première pierre...) n’est jamais évoqué lorsqu’il s’agit d’homosexualité. Ligne Azur : Etes-vous le témoin d’histoires difficiles au travers des personnes que vous rencontrez par le biais de Tjenbé Rèd ! DAC : Il ne faut pas tomber dans le misérabilisme. De nombreuses personnes en grande difficulté viennent évidemment à nous mais toutes les personnes qui viennent à nous ne sont pas en difficulté : nous rencontrons aussi des personnes qui vont plutôt bien ! Par ailleurs, de nombreuses personnes qui ne sont pas en difficulté ne ressentent pas le besoin de venir à nous... Notre perception est donc un peu biaisée. Ceci dit, nous sommes amenés à recueillir des témoignages douloureux, par exemple de jeunes mis à la rue et menacés de mort par leurs familles, des menaces tout à fait crédibles. Ligne Azur : Dans les communautés africaines et ultramarines, la famille joue un rôle essentiel... DAC : Oui, avec cette dimension d’autant plus forte que dans les valeurs occidentales, on peut rejeter sa famille. Puisqu’on ne m’accepte pas, je pars ! Cette idée est intégrée depuis longtemps. Par exemple, aux Etats-Unis d’Amérique, je peux faire trois mille kilomètres à l’est ou à l’ouest et on n’entendra plus jamais parler de moi. Dans les cultures africaines et ultramarines, ce n’est pas le cas. La conception de la distance par rapport à la famille n’existe pas. Si votre mère vous dit que vous êtes une erreur de la nature, un Blanc sera plus en capacité de dire « va te faire voir » et de partir alors qu’un Africain aura plus tendance à s’effondrer et à intégrer l’idée qu’il est bien une erreur de la nature. Je ne veux pas dire que tous les Blancs quitteront leur famille et que tous les Africains resteront. Mais potentiellement, ce cadre se vérifiera plus souvent chez les personnes originaires d’Afrique et de France ultramarine. Ligne Azur : La famille, la culture, le discours religieux... Comment travaillez-vous à Tjenbé Rèd ! pour faire évoluer les mentalités ? DAC : Même si nous travaillons depuis plusieurs années sur cette problématique, nous nous questionnons de façon récurrente sur la méthode la plus pertinente. La première chose que nous essayons de développer concerne la visibilité noire et métisse, homosexuelle et bisexuelle. Tjenbé Rèd ! met sur le devant de la scène des jeunes originaires d’Afrique subsaharienne ou de France ultramarine de façon à ce qu’ils passent à la télévision. Ainsi les Africains et Ultramarins voient des jeunes de chez eux assumant leur diversité sexuelle et n’ayant pas l’air de prostituéEs. Le second pilier de notre action consiste à opposer une résistance. A chaque fois que des hommes politiques ou des artistes prennent des positions homophobes, nous réagissons. Cette stratégie est tout à fait nouvelle par rapport au passé où personne ne réagissait. Nous l’avons fait récemment en Guadeloupe et Martinique ainsi qu’à la Réunion. Troisièmement, nous nous rapprochons de la société civile pour ouvrir un dialogue, pour permettre une parole sur la question de l’homosexualité. Cette démarche passe par des micro-réunions réunissant une dizaine ou une quinzaine de personnes. L’élément central de nos cultures, c’est le silence. Nous cherchons à rompre le silence. Ligne Azur : Y a-t-il une différence de perception de l’homosexualité féminine par rapport à l’homosexualité masculine ? DAC : Comme dans d’autres communautés, le rejet de l’homosexualité masculine est sans doute beaucoup plus fort que pour l’homosexualité féminine, celle-ci étant peut-être moins visible. En tout cas, les femmes de Tjenbé Rèd ont créé récemment un groupe féministe et lesbien, le groupe Zami, afin d’offrir un espace de visibilité pour les lesbiennes noires et métisses, de montrer qu’elles existent et qu’elles assument leur homosexualité, de proposer un espace d’échange. Elles apporteront un éclairage sur les différents programmes de l’association qui recouvrent la lutte contre l’homophobie, le vih/sida et les IST, l’accueil et l’écoute, le soutien aux jeunes mis à la rue par leurs parents et les actions culturelles et conviviales. Elles nous aiguillonneront et mèneront bien sûr leurs propres actions sous un angle féministe et lesbien. Ligne Azur : En France ultramarine, existe-t-il beaucoup d’associations LGBT ou est-ce encore un mouvement à construire ? DAC : Des associations existent mais ce mouvement est encore à construire, à fédérer, un peu à l’image de ce qui se passe dans les provinces de la France hexagonale. Gay-Union existe à La Réunion, Homo-Sphère en Nouvelle-Calédonie, An Nou Allé en Martinique... Toutes ces associations reposent globalement sur quelques personnes. Elles parviennent à rassembler plus ou moins les populations LGBT mais éprouvent des difficultés à entamer le dialogue avec la société civile. Cependant, la presse locale parle régulièrement de ces associations et ce n’est déjà pas si mal. Ces articles représentent déjà une forme de dialogue avec la société civile. Mais il reste inenvisageable d’organiser aujourd’hui des Gay Pride locales car il y aurait inévitablement des émeutes. Propos recueillis par Alain Miguet pour Ligne Azur *En créole martiniquais, Tjenbé Rèd signifie « Accroche-toi ! ». L’association a pour but de rassembler et soutenir les personnes noires et métisses LGBT et leurs amiEs, et de faire évoluer les mentalités dans les communautés africaines, antillaises ou ultramarines. ** Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. (Lévitique 18.22). Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux. (Lévitique 20, 13) Le site de Tjenbé Rèd Photo : Tous droits réservés |
Louis-Georges Tin |
| Jean-Marie Périer auteur de "Casse-toi !" |
| Anne-Marie Guimbretière, rédactrice en chef d’Essentiel Santé Magazine |
| Philippe Castel, porte-parole de l’Inter-LGBT, pour les 10 ans du Pacte civil de solidarité (Pacs)* |
| René-Paul Leraton, fondateur de Ligne Azur |
| Louis-Georges Tin, fondateur et président de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. |
| Jean-Paul Cluzel , P.-D.G. de Radio France |
| Solange, présidente du MAG*, pour une enquête sur les jeunes trans. |
| Nicolas Noguier, président du Refuge |
| Didier Roth-Bettoni, programmateur du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marylène Courivaud, directrice de la communication à la Halde |
| Revendiquer pour mieux vivre La Marche des Fiertés parisienne a réuni lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels |
| Véronique Soulié, présidente de l’association Estim’ |
| Bernard Scholl, membre de la commission LGBT d’Amnesty International |
| Lucie Landuré-Zouane, en charge du programme Le Fers, destiné aux jeunes hommes en questionnement sur leur orientation sexuelle. |
| Béatrice Guéret, auteur de "Dirty Slapping", court-métrage réalisé par Edouard Molinaro (Scénarios contre les discriminations)* |
| Lionel Labosse ,écrivain, enseignant, rédacteur en chef de la rubrique Littérature jeunesse du Collectif HomoEdu |
| Pierre Verdrager sociologue, auteur de "L’Homosexualité dans tous ses états"* |
| Hugues Barthe auteur de "Dans la peau d’un jeune homo"* |
| Fernanda Como Infirmière scolaire au lycée agricole de Radinghem, Pas-de-Calais |
| Bruno Jaeger, coordinateur pour la France de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Stéphane Morel, 27 ans, de l’association LGBT Dégel, Universités de Paris 6 et 7 |
| Olivier Borel, 29 ans, président de Moove, association LGBT de Lyon |
| Thomas-Xavier Durnerin, 21 ans, trésorier de In Pride l’association LGBT des Grandes Ecoles toulousaines |
| Thomas Guiraud 29 ans, webmaster de l’association étudiante LGBT Wake Up de Bordeaux |
| Florence Fradelizi coprogrammatrice du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marie-Pierre Iturrioz coanimatrice du Collectif de lutte contre l’homophobie de la CGT |
| Vincent Guillot porte-parole de l’Organisation internationale des intersexes pour l’Europe |
| Philippe Castel référent FSU plate-forme lutte contre l’homophobie |
| Agathe Solins de l’association Ni Putes Ni Soumises |
| Nicole Athéa médecin, référent médical CRIPS* |
| Louis-Georges Tin Fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Alain Parmentier Président de FLAG !, l’association des policiers gays et lesbiens |
| Jean-Paul Cluzel P.-D. G. de Radio France |
| Henri Dhellemmes directeur littéraire aux éditions H&O |
| Olivier Nostry Président d’Ex Aequo, association LGBT responsable d’une émission gay et lesbienne sur Radio Primitive à Reims |
| Hélène Secrétaire de la commission politique du Mag* |
| Christophe Botti Auteur d’"Un cœur sauvage"*, pièce sur la découverte de l’homosexualité par Mathan, un jeune garçon de 17 ans... |
| Frank Tanguy Porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens |
| Michel Dorais Auteur avec Eric Verdier du Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes* |
| Louis-Georges TIN Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie" |
| David DIBILIO Directeur/programmateur du Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris |
| Philippe Castel Conseiller principal d’éducation, coordinateur des groupes FSU et SNES de lutte contre les LGBT phobies |
| Natacha TAURISSON Porte-parole et vice-présidente de l’Association du Syndrome de Benjamin (ASB) |
| Olivier NOSTRI Porte parole de l’association Ex Aequo à Reims |
| Cécile Robin professeur de SVT |
| René-Paul Leraton Coordinateur de Ligne Azur |