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Didier Roth-Bettoni, programmateur du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris
28 octobre 2008

Ligne Azur : Cette année, le Festival du Film Gay et Lesbien de Paris est présent dans deux salles : le Rex et le Latina. Pourquoi cette double implantation ?

Didier Roth-Bettoni (DRB) : Le Rex a l’avantage d’être une très grande salle dont le seul inconvénient est de ne pas pouvoir mettre en valeur des films un peu plus difficiles, un peu plus confidentiels. L’idée est donc de proposer en parallèle à la programmation au Rex (avant-premières, films inédits...) une programmation un peu différente au Latina comme des reprises ou des courts-métrages expérimentaux. Le Latina accueillera des auteurs comme Vincent Dieutre à qui nous rendrons un petit hommage en trois films. Contrairement au Rex, le Latina dispose par ailleurs d’un lieu convivial, un espace bar qui sera ouvert pendant tout le festival et qui permettra des rencontres avec les cinéastes. Les gens pourront se retrouver pour boire un verre et discuter. Cette dimension conviviale manquait aux éditions précédentes et nous sommes heureux de pouvoir l’offrir au public. C’est ce que nous appelons les ciné-apéros.

Ligne Azur : On se pose toujours la question du thème dominant lors d’un festival. Y en a t-il un cette année ?

DRB : Une thématique un peu transversale a été choisie autour de l’islam et de l’homosexualité. Quatre séances baptisées Kanbrik (Je t’aime) présenteront un film de fiction en ouverture du festival : Corazones de Mujer, un documentaire : A Jihad for love, sur la situation d’homosexuels et de lesbiennes musulmans et sur la façon dont ils essayent de concilier leur foi et leur homosexualité, des courts-métrages, et enfin un autre film de fiction qui s’appelle Adieu Forain.

Ligne Azur : Pourquoi ce choix ?

DRB : Cette année, il se trouve qu’il y a un vrai foisonnement de films autour de cette thématique. Nous ne l’avons pas anticipée, elle s’est plutôt imposée à nous en visionnant les films pour la programmation. Ce sont à la fois des documentaires et des films de fiction. Des films apparaissent au même moment on ne sait pas trop bien pourquoi et rejoignent l’actualité. La question de l’islam est un thème ô combien d’actualité et très fort.

Ligne Azur : Comment ce rapport entre islam et homosexualité est-il présenté dans les films ? Une certaine vision occidentale pourrait laisser croire qu’il s’agit d’un regard purement dramatique...

DRB : Le regard est très contrasté. Jihad fort love est un documentaire très dur. Une douzaine d’intervenants racontent leur condition de vie dans différents pays du monde et la tension dramatique est bien présente. En revanche, Corazones de Mujer, même s’il ne fait pas du tout l’impasse sur ces questions-là, est un film généreux, optimiste, très ouvert sur le monde. Il s’agit d’un road movie, un voyage à deux d’une immigrée marocaine installée en Italie et qui retourne dans son pays à la veille de son mariage pour se faire recoudre l’hymen. Elle est accompagnée par un travesti lui aussi d’origine marocaine. Le parcours de vie de ces deux personnages est assez formidable parce qu’ils parlent de façon très libre et très joyeuse de sujets forts comme la condition des femmes et des homosexuels dans certains pays musulmans. Le film n’est pas du tout un film désespéré même si ce qu’il véhicule est parfois lourd et grave.

Ligne Azur : Le Festival présente aussi Soudain l’hiver dernier, un film sur l’homosexualité en Italie, un pays où la religion catholique joue encore un rôle discriminatoire...

DRB : Gustav Hofer et Luca Ragazzi, deux journalistes italiens, vivent en couple à Rome depuis plusieurs années. En 2006, une majorité de centre gauche est arrivée au pouvoir avec dans ses cartons un projet de statut de même sexe qui s’appelle le DICO, à peu de choses près l’équivalent du PaCS en France. Ils ont décidé de suivre à la fois les débats dans la société et au parlement pour décrypter un phénomène qui devait révolutionner la société italienne. Au cours du tournage, ils se sont rendu compte que les choses n’évoluaient pas du tout comme ils l’imaginaient puisque ce qui s’annonçait comme une victoire acquise d’avance devenait la chronique d’un échec retentissant avec l’opposition d’une grande partie de la société, de la classe politique et bien sûr de l’église. Avant même le retour de Silvio Berlusconi au pouvoir, il y a quelques mois, ce projet de DICO a été abandonné. Le film est formidable parce qu’il décrit cette singularité qui fait que l’Italie est le seul grand pays de l’Union européenne à ne pas proposer aujourd’hui une reconnaissance légale aux couples de même sexe. Hofer et Ragazzi racontent ces événements de façon très forte en allant dans les manifestations hostiles et dans les manifestations de soutien, et en mettant en scène les répercussions que leur travail et cette situation vont avoir sur leur propre couple. C’est à la fois très drôle et très étonnant. Nous avons vraiment eu un coup de cœur pour ce documentaire.

Ligne Azur : Les rencontres avec de nombreux cinéastes seront une des nouveautés de l’édition 2008. Bruce La Bruce sera notamment présent. Comment le présenteriez-vous ?

DRB : C’est à la fois un provocateur et un cinéaste, un militant et un jouisseur. Bruce La Bruce travaille à la fois sur la représentation de la sexualité et sur des questions plus politiques. C’est quelqu’un pour qui l’homosexualité est toujours révolutionnaire, qui permet en tout cas de remettre en cause la société et ses codes avec toujours beaucoup d’humour, de distance et de provocation. Son nouveau film Otto ; or Up with Dead People est peut-être un peu plus mélancolique que les précédents, un petit peu à part dans son travail. Nous sommes absolument ravis d’accueillir Bruce La Bruce car ce sera la première fois qu’il viendra au FFGLP.

Propos recueillis par Alain Miguet pour Ligne Azur

Le site du FFGLP

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Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie"
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Directeur/programmateur du Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris
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