| René-Paul Leraton, fondateur de Ligne Azur | |||
| 24 juin 2009 | |||
René-Paul Leraton (RPL) : En 1969, j’étais en pleine love story et surtout intéressé par la dynamique de l’après 1968 dans laquelle la France se trouvait. Très honnêtement, je ne me souviens pas avoir entendu parler de Stonewall. La situation française était tellement captivante qu’on ne se préoccupait pas vraiment de ce qui se passait outre-Atlantique. J’en ai entendu parler plus tard, surtout lorsque j’ai commencé à aller aux Etats-Unis où Stonewall était considéré comme un événement symbolique très important. Ceci dit, j’allais plutôt à San Francisco, et la vieille mésentente entre les deux villes faisait qu’à San Francisco on parlait peu de Stonewall et beaucoup plus d’Harvey Milk**. J’ai eu l’occasion de le rencontrer dans Castro où se trouvait sa boutique de photographie. Je me souviens qu’il avait installé devant sa boutique un baquet d’eau au dessus duquel un personnage était installé. Le jeu consistait à lancer des balles sur le personnage pour le faire tomber dans l’eau. Il avait dessiné la tête d’Anita Bryant, cette Miss Floride qui voulait sauver les enfants américains des vilains homosexuels. A cette époque, Harvey Milk avait déjà une activité politique. Il voulait politiser le mouvement gay qu’il trouvait assez hédoniste. C’était sex, drug ans Rock and Roll. Sauf que ce n’était pas Rock and Roll mais disco ! Ligne Azur : Du coup quel événement a été le plus important pour l’égalité des droits entre hétérosexuels et homosexuels : Stonewall ou Harvey milk ? RPL : Sur le moment, d’un point de vue global, je pense que nous n’avons pas réalisé ce que représentait Harvey Milk. Mais à San Francisco, c’était vraiment important parce que pour la première fois un homme ouvertement gay se lançait dans une campagne politique pour se faire élire à un mandat local. Il jouait le jeu des institutions, il n’était pas du tout révolutionnaire. Il se disait que puisque qu’il y avait un conseil municipal, les gays devaient y être représentés. Cet événement s’est déroulé à San Francisco et non à New York...
Ligne Azur : Mais alors : Stonewall ou Harvey Milk ? ! RPL : Symboliquement, les émeutes de Stonewall me paraissent plus importantes car elles représentent le début d’une visibilité et la sortie de la honte. Ces gays qui se sont révoltés, qui en ont eu marre un soir de se faire une fois de plus molester, insulter et arrêter, n’étaient pas du tout des gens friqués, ça ne s’est pas produit dans des bars très chics de New York mais au Stonewall Inn, un bar où les gays les moins bien vus de la communauté se retrouvaient : des trans, des travestis, des tapins... C’est la révolte de cette population qui symboliquement donne plus de force à Stonewall. Ligne Azur : Quelle était l’image des gays à l’époque ? RPL : Le contexte est bien décrit dans le film Celluloid Closet qui évoque l’image de l’homosexualité au cours de cent ans de cinéma hollywoodien. Les gays étaient toujours représentés soit comme des gens dépressifs ou névrosés soit comme des vilains méchants qui s’attaquent aux petits enfants ou aux braves héros. L’image était toujours hyper négative. Avec Stonewall, les gays relevaient la tête en s’affirmant et surtout en se battant contre la police. Pour une fois les gays ne subissaient pas ! Ligne Azur : Avez-vous le sentiment que les jeunes gays sont conscients de l’histoire de leurs aînés et donc de leur propre histoire ? RPL : J’aurais tendance à répondre non même si pour ceux qui sont les plus intéressés par l’histoire de l’homosexualité, Stonewall reste sans doute une date. Mais je ne pense pas qu’ils soient conscients de la réalité des choses. C’est un petit peu comme pour les jeunes femmes. Beaucoup d’entre elles ne réalisent pas qu’il y a 30 ans, elles n’auraient pas pu ouvrir un compte bancaire ou travailler sans l’autorisation de leur mari. Elles pensent que les droits des femmes sont tout à fait naturels alors qu’ils ont demandé des années et des années de bagarre et qu’ils restent des conquêtes fragiles. Pour les gays c’est la même chose. Le PacS n’est pas inscrit dans le béton. Il ne faut certes pas tomber dans la parano car Nicolas Sarkozy n’a sans doute pas l’intention de supprimer le PacS. En tout cas il ne s’est pas beaucoup impliqué pour la cause des gays depuis son élection... Ligne Azur : Le courant anti gay est-il en train de reprendre du poil de la bête ? RPL : Le courant conservateur ne s’est jamais endormi mais je ne pense pas que nous soyons dans un contexte particulièrement réactionnaire. Certaines situations sont assez paradoxales. En son temps, Roselyne Bachelot, l’actuelle ministre de la Santé, s’est engagée franchement pour le PacS et je la trouve bien timide aujourd’hui sur la question de l’homosexualité, ne serait-ce que par rapport à l’interdiction faite aux homosexuels de donner leur sang. En parallèle, Nadine Morano, secrétaire d’Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, peut tenir des propos très réactionnaires tout en étant visiblement assez ouverte sur la question de l’homoparentalité. Les frontières peuvent donc être assez floues. Propos recueilli par Alain Miguet pour Ligne Azur *Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969 à New York, des homosexuels interpellés dans le bar Stonewall Inn se révoltent contre la police. Les émeutes durent plusieurs jours. Ces événements sont considérés comme le début de la lutte des homosexuels pour l’égalité des droits. **Harvey Milk est un militant américain pour les droits civiques des homosexuels assassiné en 1978 quelques mois après avoir été élu superviseur (conseiller municipal) à la mairie de San Francisco. Voir le film Harvey Milk de Gus van Sant avec Sean Penn, 2009 ***The Celluloid Closed, 1995, L’homosexualité vue à travers 100 ans de cinéma hollywoodien |
Louis-Georges Tin |
| Jean-Marie Périer auteur de "Casse-toi !" |
| Anne-Marie Guimbretière, rédactrice en chef d’Essentiel Santé Magazine |
| Philippe Castel, porte-parole de l’Inter-LGBT, pour les 10 ans du Pacte civil de solidarité (Pacs)* |
| Louis-Georges Tin, fondateur et président de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. |
| Jean-Paul Cluzel , P.-D.G. de Radio France |
| Solange, présidente du MAG*, pour une enquête sur les jeunes trans. |
| Nicolas Noguier, président du Refuge |
| Didier Roth-Bettoni, programmateur du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marylène Courivaud, directrice de la communication à la Halde |
| David Auerbach Chiffrin, président de Tjenbé Rèd !* - Association LGBT rassemblant les personnes noires et métisses et leurs amiEs |
| Revendiquer pour mieux vivre La Marche des Fiertés parisienne a réuni lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels |
| Véronique Soulié, présidente de l’association Estim’ |
| Bernard Scholl, membre de la commission LGBT d’Amnesty International |
| Lucie Landuré-Zouane, en charge du programme Le Fers, destiné aux jeunes hommes en questionnement sur leur orientation sexuelle. |
| Béatrice Guéret, auteur de "Dirty Slapping", court-métrage réalisé par Edouard Molinaro (Scénarios contre les discriminations)* |
| Lionel Labosse ,écrivain, enseignant, rédacteur en chef de la rubrique Littérature jeunesse du Collectif HomoEdu |
| Pierre Verdrager sociologue, auteur de "L’Homosexualité dans tous ses états"* |
| Hugues Barthe auteur de "Dans la peau d’un jeune homo"* |
| Fernanda Como Infirmière scolaire au lycée agricole de Radinghem, Pas-de-Calais |
| Bruno Jaeger, coordinateur pour la France de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Stéphane Morel, 27 ans, de l’association LGBT Dégel, Universités de Paris 6 et 7 |
| Olivier Borel, 29 ans, président de Moove, association LGBT de Lyon |
| Thomas-Xavier Durnerin, 21 ans, trésorier de In Pride l’association LGBT des Grandes Ecoles toulousaines |
| Thomas Guiraud 29 ans, webmaster de l’association étudiante LGBT Wake Up de Bordeaux |
| Florence Fradelizi coprogrammatrice du Festival de Films Gays et Lesbiens de Paris |
| Marie-Pierre Iturrioz coanimatrice du Collectif de lutte contre l’homophobie de la CGT |
| Vincent Guillot porte-parole de l’Organisation internationale des intersexes pour l’Europe |
| Philippe Castel référent FSU plate-forme lutte contre l’homophobie |
| Agathe Solins de l’association Ni Putes Ni Soumises |
| Nicole Athéa médecin, référent médical CRIPS* |
| Louis-Georges Tin Fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie |
| Alain Parmentier Président de FLAG !, l’association des policiers gays et lesbiens |
| Jean-Paul Cluzel P.-D. G. de Radio France |
| Henri Dhellemmes directeur littéraire aux éditions H&O |
| Olivier Nostry Président d’Ex Aequo, association LGBT responsable d’une émission gay et lesbienne sur Radio Primitive à Reims |
| Hélène Secrétaire de la commission politique du Mag* |
| Christophe Botti Auteur d’"Un cœur sauvage"*, pièce sur la découverte de l’homosexualité par Mathan, un jeune garçon de 17 ans... |
| Frank Tanguy Porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens |
| Michel Dorais Auteur avec Eric Verdier du Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes* |
| Louis-Georges TIN Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie" |
| David DIBILIO Directeur/programmateur du Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris |
| Philippe Castel Conseiller principal d’éducation, coordinateur des groupes FSU et SNES de lutte contre les LGBT phobies |
| Natacha TAURISSON Porte-parole et vice-présidente de l’Association du Syndrome de Benjamin (ASB) |
| Olivier NOSTRI Porte parole de l’association Ex Aequo à Reims |
| Cécile Robin professeur de SVT |
| René-Paul Leraton Coordinateur de Ligne Azur |