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Philippe Castel, porte-parole de l’Inter-LGBT, pour les 10 ans du Pacte civil de solidarité (Pacs)*
13 octobre 2009

Ligne Azur : Quel souvenir gardez-vous de 1999, période où la question du Pacs a été débattue dans l’opinion ?

Philippe Castel : Mon premier souvenir remonte au début des années 1990 alors que j’étais co-animateur d’une émission homosexuelle hebdomadaire à Bordeaux. J’avais participé aux débats sur le CUC (Contrat d’Union Civile) et le CUS (Contrat d’union Sociale), qui avaient précédé le Pacs, et j’avais fait venir Jean-Paul Pouliquen, l’initiateur de la loi sur le Pacs, pour une émission de deux heures. J’ai ensuite regardé comment les débats évoluaient et j’ai fait partie du comité d’action et d’animation pour le Pacs. J’allais aux colloques organisés à l’Assemblée nationale par Jean-Paul Pouliquen. Le souvenir que je garde de tout ça, c’est la violence des échanges entre les parlementaires à l’Assemblée nationale, l’outrance de certains propos. Des expressions comme « Les pédés au bûcher » fusaient dans certaines manifestations, des propos tenus parfois par des personnes dont on savait qu’elles étaient homosexuelles. Mais j’avais l’immense espoir que ce texte soit adopté y compris pour moi-même. Je vivais en couple et j’avais pris la décision de me pacser. J’ai finalement scellé cet engagement en me pacsant le 30 décembre 1999.

Ligne Azur : Le Pacs a-t-il contribué à faire évoluer l’image de l’homosexualité dans la société française ?

Philippe Castel : Je crois vraiment que les couples homosexuels ne sont plus vus de la même façon aujourd’hui. Il y a eu une banalisation au moins dans certaines zones. Des couples homos vivent dans des villages sans rencontrer trop de difficultés, ils sont plutôt bien intégrés. Certains témoignent facilement de leur existence. La vocation universaliste du Pacs, dès le début, a sans doute contribué à faire évoluer les gens. Bien sûr, ce sont surtout des couples homosexuels qui ont d’abord souscrit. Puis les améliorations apportées au texte grâce à l’implication des associations homosexuelles ont donné envie aux hétérosexuels d’y regarder de plus près. Aujourd’hui, le succès est énorme puisque 94 % des Pacs sont signés par des couples hétéros. Ces couples hétéros qui se pacsent en 2009 ont probablement un regard beaucoup plus ouvert sur les couples homosexuels qu’à l’époque où le texte a été voté. Je suis convaincu que le Pacs a un peu dépassionné la question de l’homosexualité, l’a banalisée d’une certaine façon. Dans ce fameux débat entre le droit à la différence ou le droit à l’indifférence, je crois qu’on est plus allé dans le sens de l’indifférence.

Ligne Azur : 10 ans après, 94 % des pacsés sont donc hétérosexuels. Cette évolution est tout de même étonnante, non ?

Philippe Castel : Le fait qu’il n’y ait que 6 % des Pacs signés par des couples homosexuels est lié à la faible proportion de ceux-ci dans la société française. En 1999, ce texte était emblématique pour les homos car ils n’avaient pas d’autres possibilités pour leur couple que celle de souscrire au Pacs, le mariage leur étant interdit. Dix ans après, beaucoup d’hétérosexuels qui peuvent se marier choisissent le Pacs. Pourquoi ? Certain d’entre eux le choisissent un peu comme une période d’essai. Ils réfléchissent puis se marient. Là où réside une grande injustice, c’est que les couples hétéros peuvent passer du Pacs au mariage contrairement aux homosexuels. A l’Inter-LGBT, on ne veut pas substituer le mariage au Pacs car nous pensons que les deux formes de conjugalité ont leur raison d’être. Nous voulons avoir le droit de nous marier ou de ne pas nous marier plutôt que de dire : nous voulons nous marier car le Pacs, nous n’en avons rien à faire.

Ligne Azur : Dans certains pays européens comme la Belgique, deux personnes de même sexe peuvent se marier. L’évolution a été beaucoup plus rapide qu’en France où tout semble figé. Comment l’expliquez-vous ?

Philippe Castel : L’adoption du Pacs a été difficile. Les parlementaires de gauche ont eu du mal à être courageux, en particulier lors du premier vote marqué par leur absence. Cette frilosité s’est installée pour longtemps y compris dans les partis de gauche. Ce sont les Verts qui ont fait de nouveau émerger la question du mariage avec la cérémonie organisée à Bègles en 2004 (Le député-maire des Verts Noël Mamère célèbre un mariage entre deux homosexuels dans sa mairie de Bègles. Ce mariage sera ensuite annulé par la Cour de cassation. - NDLR).

Il a fallu attendre la campagne présidentielle de 2007 pour que le parti socialiste intègre cette question à son programme et l’assume totalement. Derrière la question du mariage, il y a bien sûr la question de l’adoption. On ne peut pas parler des peurs des politiques sur ce sujet si on n’évoque pas la question de la parentalité. En Belgique, les partis de gauche ont assumé cette question et l’Espagne a fait la même chose. A contrario, la France a pris du retard certainement à cause du poids politique d’une certaine droite réactionnaire. Elle a effrayé les partis majoritaires de droite, en particulier l’UMP, mais aussi les partis de gauche, en tout premier lieu le parti socialiste. Chacun sait que l’ancien Premier ministre Lionel Jospin n’était pas favorable au mariage homosexuel et à la possibilité pour les couples homosexuels d’adopter. Le parti socialiste a été freiné par ses ténors. Maintenant on peut passer l’éponge. Le Ps est en ordre de bataille sur cette question, il n’y a plus rien à redire. L’ensemble des partis de gauche revendiquent la pleine et entière égalité des droits.

Propos recueillis par Alain Miguet pour Ligne Azur

Le site de l’Inter-LGBT

*Qu’est-ce que le PACS ?

Le Pacs est un contrat passé entre deux personnes majeures, de sexe différent ou de même sexe, pour organiser leur vie commune. Le texte est adopté le 13 octobre 1999 et la loi promulguée le 15 novembre suivant. Le 10 décembre 1999, la première annonce d’un Pacs signé entre deux hommes paraît dans le carnet du Monde. En 2008, 144 716 Pacs ont été signés.

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