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Olivier NOSTRI Porte parole de l’association Ex Aequo à Reims
10 juin 2004

Ligne Azur : Quel est votre parcours professionnel et associatif ?

Olivier Nostri : Je suis infirmier depuis 6 ans. J’ai travaillé dans différents services : chirurgie, psychiatrie, pédiatrie. Aujourd’hui j’intègre la Maison de l’adolescent à Reims, un nouveau lieu de prise en charge psychiatrique réservée aux adolescents. Je suis membre d’ Ex Aequo depuis 6 ans, dont 4 ans au conseil d’administration.

Ligne Azur : La 3ème marche des fiertés LGBT a eu lieu samedi 5 juin à Reims, votre mot d’ordre « L’homophobie tue...agissons ». Selon vous, quelles sont les mesures nécessaires pour lutter contre l’homophobie ?

O.N. : La loi contre l’homophobie, dernier outil dans l’arsenal juridique, est nécessaire pour ne plus permettre à des individus ou des institutionnels de tenir des propos homophobes, notamment dans la presse. Il s’agit d’une réelle volonté des politiques de ne pas travailler uniquement sur le mode répressif mais de favoriser la prévention et le mode éducatif. Le loi serait un grand pas de franchit mais cela ne suffit pas. La formation de tous les professionnels qui peuvent être en contact avec le grand public en général et les gays et lesbiennes en particulier est indispensable. Aussi bien au sein du monde médical et para-médical, de la police et la gendarmerie, de l’éducation nationale, des assistants sociaux...toute personne ayant une mission de service public. L’objectif est de faire tomber les préjugés. Il suffit parfois de peu de choses, une intervention pour parler de la sexualité et de l’homosexualité par exemple. Une fois les professionnels formés, on pourrait par exemple intégrer dans les programmes scolaires l’homosexualité des personnages historiques et littéraires, et ne plus passer sous silence leurs identités.

Ligne Azur : Des différences d’acceptation de l’homosexualité entre Paris et les villes de province sont souvent évoquées. Est-ce que vous percevez cette différence ?

O.N. : Ah oui ! Reims est une ville historiquement très conservatrice, de part ses richesses, la production du Champagne. Son mode de fonctionnement a longtemps été essentiellement agricole, ce qui se ressent encore. Même dans la communauté homosexuelle, beaucoup de gays ne mettront jamais les pieds dans une association, dans un commerce identitaire, encore moins dans une marche des fiertés car ils ont complètement intégré l’adage « pour vivre heureux, vivons cachés ». Cela ne signifie pas qu’ils n’assument pas leur homosexualité, mais ils ne ressentent pas le besoin de le dire, de s’afficher par rapport à la famille ou aux collègues de travail. Le militantisme est presque inexistant. En plus, Reims est très proche de Paris. Certains gays s’y installent définitivement pour vivre ouvertement leur homosexualité parce qu’il pensent que c’est plus facile dans la capitale. Mais là aussi, j’ai des amis qui commencent à prendre du recul par rapport à Paris. Pour eux, c’est bien au début mais la capitale reste une ville très froide où il est difficile de faire connaissance avec des personnes.

Ligne Azur : La reconnaissance du couple homosexuel par le PACS a-t-elle fait évoluer les mentalités ?

O.N. : Oui, clairement. Je ne sais pas si c’est le PACS en lui-même ou tout le débat que le projet a suscité avant le vote. En tous cas, dans toutes les chaumières on a entendu parler de l’homosexualité, du couple homo, à savoir des citoyens comme les autres, qui travaillent, connaissent des difficultés comme tous et non pas la vie de strass et de paillettes que certains imaginent encore. On retrouve ce phénomène par rapport au mariage gay : même s’il n’aboutit pas maintenant, il a le mérite de favoriser la discussion de manière beaucoup plus approfondie qu’au moment du PACS. Aujourd’hui on entend de plus en plus de témoignages dans les médias.

Ligne Azur : Face à l’augmentation des comportements sexuels à risques chez les jeunes gays, comment réagissez vous ?

O.N. : Ça fait peur. On entend de plus en plus de jeunes dire que le sida ne les concerne plus, que l’on peut en guérir et vivre très facilement avec les médicaments et qu’un traitement miracle sera découvert dans les 10 ou 15 ans à venir. Ce type de discours existe aussi chez les moins jeunes et les générations qui ont connu les ravages du virus. L’absence de transmission intergénérationnelle est le constat qui me choque le plus. Quand je suis arrivé à Ex Aequo, j’avais 21 ans et j’ai beaucoup discuté avec mes aînés, dont le plus âgé avait 60 ans. Ainsi, j’ai appris qu’avant 1981, l’homosexualité était encore condamnable en France. Les jeunes aujourd’hui n’ont même pas connaissances de cette histoire. Je suis un adepte de Foucault et je trouve très important de savoir d’où on vient. Il faudra beaucoup travailler pour permettre une prise de conscience, mais je crains qu’elle se fasse dans la douleur et les souffrances. Quand ils retourneront dans les cimetières, ils se poseront enfin des questions. Je suis assez pessimiste par rapport à l’évolution et à la prévention du sida. Personne ne veut plus faire de la prévention sur le terrain. Notre principal problème n’est pas le financement mais le manque de bénévoles. Je ne me fais pas d’illusion quant à l’efficacité des distributions de capotes sur les lieux de rencontres échangistes et gays, mais notre présence est importante, c’est la piqûre de rappel. Si on ne peut plus y aller, il ne restera plus rien. La prévention théorique ne marche pas, il faut mettre en place des outils ludiques, culturels comme la nuit de l’humour, des Cdrom.

Autres portraits



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Président d’Ex Aequo, association LGBT responsable d’une émission gay et lesbienne sur Radio Primitive à Reims
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Secrétaire de la commission politique du Mag*
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Auteur d’"Un cœur sauvage"*, pièce sur la découverte de l’homosexualité par Mathan, un jeune garçon de 17 ans...
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Auteur avec Eric Verdier du Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes*
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Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie"
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Cécile Robin
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René-Paul Leraton
Coordinateur de Ligne Azur