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Philippe Castel Conseiller principal d’éducation, coordinateur des groupes FSU et SNES de lutte contre les LGBT phobies
5 octobre 2004

Ligne Azur (LA) : Quel est votre parcours professionnel et syndical ?

Philippe CASTEL : Je suis conseiller principal d’éducation depuis 10 ans, j’exerce dans le Val de Marne depuis 6 ans. J’ai commencé à travailler dans l’Education nationale il y a 21 ans comme surveillant. Après avoir suivi une formation pour partir travailler dans les pays du Tiers-Monde, j’ai suivi des études de psycho, de socio, puis de philosophie avant de réussir le concours de CPE. J’ai toujours été syndiqué et j’ai participé aux grands mouvements enseignants. Je m’occupe des questions liées aux LGBT phobies au sein du SNES et de la FSU, et je représente la FSU à l’InterLGBT.

LA : Vous avez participé au groupe de réflexion sur l’élaboration de la brochure « L’homophobie : savoir et réagir », d’où vient votre intérêt pour cette question ?

P.C. : Mon investissement dans la lutte contre l’homophobie a débuté par le biais d’une rencontre avec un militant syndical qui, dans une radio associative bordelaise, animait une émission gay et lesbienne. On m’a proposé d’entrer dans l’équipe de cette émission « Homophonie » à laquelle j’ai participé pendant 3 ans. Je me suis beaucoup intéressé à ce que l’on appelait à l’époque, en 1992, le CUC (contrat d’union civil, ancêtre du PACS). Dans le projet de brochure, j’ai pu allier 2 aspects de mon parcours : le militantisme contre l’homophobie et mon implication dans le monde éducatif et syndical.

LA : Comment percevez-vous les discriminations dans le milieu scolaire ?

P.C. : J’en ai moi-même été victime au début de ma carrière, à une période où j’étais fragilisé. Dans l’année de ma titularisation, alors que j’étais stagiaire, la pression était assez forte. Ma tutrice m’a clairement expliqué que je ne pouvais pas être homosexuel et conseiller principal d’éducation. Ce moment a été difficile à vivre, d’autant plus que j’étais déraciné, loin de ma région, de mes amis et de ma famille. L’homophobie existe entre les élèves, mais aussi au sein de l’administration, de la hiérarchie, des collègues et des parents d’élèves. En particulier dans le primaire, où les enseignants sont très inquiets de l’amalgame encore fait entre homosexualité et pédophilie. J’ai aussi des cas d’élèves ayant des réactions violentes envers leur professeur homo. Concernant les élèves gays ou lesbiennes, nous devons être vigilant étant donné le taux de suicide parmi eux. Mais nous plaçons toujours la lutte contre l’homophobie dans un combat contre toutes les formes de discriminations en général et nous la combattons par l’éducation des jeunes et l’information des personnels.

LA : De quels moyens le CPE dispose pour réagir face à un élève victime de discrimination ?

P.C. : la question peut être retournée : les CPE réagissent-ils de la même façon en fonction de la nature de la discrimination ? Quelle soit sexiste, raciste ou homophobe ? J’ai tendance à penser que très souvent les CPE comme les enseignants ont laissé de côté l’homophobie. Soit ils ne prennent pas le problème au sérieux, soit ils ignorent comment réagir et sont mal à l’aise, voire partagent le sentiment homophobe du groupe. Le rôle du CPE est de pacifier les relations entre tout le monde, par le biais du rappel des règles de l’établissement et de la vie en société : le respect, la politesse, la bienveillance... Je traite toutes les discriminations et règle tous les conflits de la même manière : je rassemble les protagonistes dans mon bureau, chacun explique sa version en présence d’un délégué de classe et je décrypte avec eux la situation. Souvent en parlant, les élèves s’aperçoivent que l’objet du conflit était anodin. Quand la question se pose au sein de la classe, dans un cours, il ne s’agit pas non plus d’aller marcher sur les plates-bandes de l’enseignant. L’homophobie n’est pas une discrimination à part qui nécessite un traitement différent. Même si nous devons toujours avoir à l’esprit que la spécificité de cette discrimination réside dans le fait qu’elle met en jeu une représentation liée à la sexualité et renvoie à des questions identitaires.

LA : Quelles sont les propositions de la FSU pour lutter contre l’homophobie ?

P.C. : Au SNES et à la FSU, nous avons privilégié la formation des adultes et de tous les personnels qui travaillent dans l’Education nationale. D’une manière plus générale, la société est assez homophobe et surtout très hétéro-normée. L’école reprend ces stéréotypes qu’il est important de dénoncer. Ainsi, les manuels scolaires devraient donner des exemples de couples Homo, d’homoparentalité... Il s’agit de dédramatriser l’homosexualité en la nommant. Nous travaillons dans ce sens auprès du Ministère de l’Education nationale et des éditeurs. Il me semble évident aussi que chaque CDI (Centre de documentation et d’information) devrait mettre à la disposition des élèves des ouvrages qui abordent la question de l’homosexualité. Le règlement intérieur des établissements scolaires devrait interdire cette forme de discrimination comme les autres. Deux circulaires de 2001 et 2003 prévoyaient l’affichage de la Ligne Azur dans les établissements mais les moyens n’ont jamais été donnés pour le faire. Nous préconisons que tous les rectorats examinent avec objectivité les demandes des associations demandant des interventions pour la lutte contre l’homophobie. Actuellement, la FSU, la FERC-CGT, l’UNSA-Education et le SGEN-CFDT ont des projets communs avec la FCPE , l’UNL, l’UNEF et l’Inter LGBT pour montrer au Ministère que nous sommes tous impliqués dans ce combat. Un projet de formation inter-syndicale dans le milieu du travail et dans l’école sur les LGBT phobies est prévu. Un document commun sera envoyé à nos adhérents avec une partie juridique sur la protection des personnels et un autre volet sur les outils pédagogiques. Le combat contre l’homophobie dans le milieu scolaire est animé aujourd’hui d’une vraie dynamique et mobilise les syndicats, les associations de parents d’élèves et les élèves eux-mêmes.

Entretien réalisé par Delphine Dorier pour Ligne Azur
Autres portraits



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auteur de "Casse-toi !"
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Revendiquer pour mieux vivre
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Infirmière scolaire au lycée agricole de Radinghem, Pas-de-Calais
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Secrétaire de la commission politique du Mag*
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Auteur avec Eric Verdier du Petit manuel de gayrilla à l’usage des jeunes*
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Auteur du "Dictionnaire de l’homophobie"
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Directeur/programmateur du Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris
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René-Paul Leraton
Coordinateur de Ligne Azur